Faisant l’objet de débats, la diaspora bond s’impose, aujourd’hui, comme une alternative de financement du développement et un levier stratégique de transformation structurelle des économies en Afrique.
Un Forum libéral de promotion des diasporas bonds, initié par la Fondation Friedrich Naumann, s’est tenu ce jeudi 11 septembre 2025, à Abidjan, en présence d’économistes et des acteurs du secteur public.
Mme Alexandra Heldt, directrice régionale Afrique de l’Ouest de la Fondation Friedrich Naumann, a relevé que « l’Afrique possède en elle-même les forces nécessaires pour façonner son avenir. Et, dans ce processus, la diaspora joue un rôle stratégique ».
Chaque année, dira-t-elle, des milliards sont transférés vers le continent, témoignant de l’attachement profond des diasporas à leur terre d’origine. Toutefois, « le véritable défi est désormais de transformer cette solidarité financière en investissements productifs, capables de soutenir durablement l’innovation, les infrastructures, l’éducation, la santé et l’entrepreneuriat ».
« Les diaspora bonds (emprunts obligataires émis par les Etats) ne sont pas de simples instruments financiers, ils symbolisent un lien fort entre les citoyens et leurs nations, entre le passé et l’avenir, entre le désir d’appartenance et l’exigence de développement », a déclaré Mme Alexandra Heldt.
Ils incarnent, en outre, une approche libérale fondée sur la liberté, la responsabilité et l’engagement volontaire, permettant à chacun de contribuer au progrès de sa communauté, non par contrainte, mais par conviction, a-t-elle fait savoir.
« A la Fondation Friedrich Naumann, nous croyons fermement que la prospérité durable naît de la liberté économique, de la créativité et de la responsabilité citoyenne et les diaspora bonds illustrent cette vision : une solution africaine, portée par des Africains, pour construire un avenir commun », a-t-elle souligné.
La liberté économique est, aujourd’hui, plus que jamais d’actualité dans un monde où les conflits remplacent trop souvent le dialogue et la coopération. Pour elle, les pays africains devraient gagner en indépendance vis-à-vis des financements étrangers.
« Les guerres en Europe et au Moyen-Orient, tout comme le recul de l’aide américaine, nous obligent à repenser et optimiser nos ressources, investir de manière responsable et durable », a fait observer la directrice régionale Afrique de l’Ouest de la Fondation Friedrich Naumann.
Lanciné Diaby, le directeur général des financements au ministère ivoirien des Finances et du Budget, a noté que les transferts de fonds émanant de la diaspora africaine sont des ressources précieuses pour leurs pays d’origine.
D’ailleurs, la communauté des émigrés africains compterait aujourd’hui pas moins de 140 millions d’individus à travers le monde, selon la Banque mondiale. Par conséquent, la diaspora africaine constitue une véritable puissance économique.
En 2024, les transferts de fonds vers l’Afrique ont atteint 92,2 milliards de dollars, soit environ 5,2% du PIB du continent et devraient dépasser les 100 milliards de dollars en 2025, a rappelé le directeur général des financements.
Ces transferts de fonds représentent une source de financements extérieurs aussi importante que l’aide publique au développement et les investissements directs étrangers. De surcroît, ils participent de manière significative à la stabilité macroéconomique en renforçant les réserves en devises étrangères.
Les cas d’école ne manquent pas. Depuis les expériences pionnières d’Israël et de l’Inde au milieu du XXème siècle, de nombreux pays africains tels que l’Ethiopie, le Nigéria et le Sénégal ont émis avec succès des diaspora bonds, a indiqué Prof Séraphin Prao, un éminent économiste ivoirien.
Prof Séraphin Prao a fait remarquer qu’il faut que l’Etat inspire confiance pour pouvoir attirer les devises étrangères à travers la diaspora bond, avoir une vision à long terme assortie à des projets innovants et surtout faire des placements stratégiques.
Pour sa part, M. Stanislas Zézé, patron d’une agence de notation financière, a invité les dirigeants à repenser le modèle de financement des économies africaines, mentionnant qu’avec 54 pays dont les monnaies sont inconvertibles, ce mécanisme ne sera pas exploité à fond.
Il a appelé à régler la convertibilité des monnaies et surtout à briser les barrières d’emprunts inter-Etats, tout en évoquant l’ouverture de la diaspora bond à d’autres pays étrangers selon les thématiques qui gouvernent à la mobilisation des ressources.
Aujourd’hui, avec un volume total émis estimé à plus de 50 milliards de dollars à l’échelle mondiale, ces instruments représentent une classe d’actifs d’avenir. Depuis plusieurs années, la Côte d’Ivoire, dans sa stratégie de financement, fait du développement du marché local une priorité.
AP/Sf/APA






