C’est par un geste hautement symbolique que le Tchad a lancé ce 20 juin son troisième Recensement général de la Population et de l’Habitat (RGPH-3). Le Chef de l’Etat ayant été premier à y passer.
Le Président de la République, le Maréchal Mahamat Idriss Deby Itno, s’est fait recenser au Palais Toumaï, donnant ainsi le coup d’envoi officiel de l’opération.
Un rendez-vous après 17 ans
Le Tchad n’avait plus procédé à un recensement de sa population depuis 2009. Après le RGPH-1 réalisé en 1993 et le RGPH-2 de 2009, le pays s’apprête désormais à franchir un nouveau cap. Ce long intervalle entre deux recensements a laissé les partenaires du développement travailler sur des données vieillies, insuffisantes pour répondre aux défis d’une population en forte croissance.
Institué par un décret du 2 avril 2025 et annoncé officiellement la veille du lancement par le président de la Commission nationale de la population (CNP), le ministre Tahir Hamid Nguilin, le RGPH-3 est présenté par les autorités comme un exercice technique, non partisan et apolitique, mais aussi comme un outil stratégique pour orienter les politiques publiques.
Des innovations majeures : le tout-numérique et l’agriculture
Ce qui distingue le RGPH-3 de ses précédents tient avant tout à sa modernité. Pour la première fois, le recensement sera entièrement numérique. Les agents opèrent désormais avec des tablettes, des images satellites et les technologies de l’information. L’ensemble du processus, y compris la rémunération des agents, est intégralement digitalisé.
Autre nouveauté de taille : le RGPH-3 est couplé à un Recensement général de l’agriculture (RGA), permettant de collecter en une seule opération des données démographiques et agricoles, deux piliers indissociables du développement tchadien.
35 000 agents sur le terrain pendant un mois
La mécanique du recensement repose sur une mobilisation humaine sans précédent. Plus de 35 000 agents recenseurs et contrôleurs ont été mobilisés et formés selon les normes internationales. Ces jeunes agents sont déployés pendant un mois sur l’ensemble du territoire pour rencontrer les ménages. Ils seront facilement reconnaissables grâce à leurs badges officiels.
La préparation a été méticuleuse. Dès le 28 février 2026, une phase pilote avait été lancée pour tester les outils de collecte et l’ensemble des procédures administratives, logistiques et technologiques dans 13 communes réparties sur 10 provinces, jusqu’au 20 mars 2026. En mai, des superviseurs et assistants informaticiens ont quitté N’Djaména les 23 et 24 mai pour rejoindre les 23 provinces du pays afin d’anciennes les équipes locales.
Sur le plan institutionnel, un arrêté conjoint du 6 mai 2026 a institué dans chaque circonscription administrative une commission provinciale, départementale et sous-préfectorale, chargée d’appuyer la mise en œuvre, de mobiliser les populations et de garantir la sécurité des opérations notamment en zones difficiles.
Des enjeux majeurs
Les enjeux de ce recensement dépassent largement la simple comptabilité des habitants. Les données recueillies permettent au gouvernement de renforcer la planification des politiques publiques dans plusieurs secteurs essentiels : des infrastructures scolaires, sanitaires et routières, accès à l’eau potable et à l’électricité, soutien à l’emploi des jeunes et autonomisation des femmes.
Les résultats attendus incluent notamment l’effectif global de la population résidente, les caractéristiques des nomades, migrants, réfugiés et déplacés, les niveaux de fécondité et de mortalité, ainsi qu’un atlas démographique complet du Tchad et des projections démographiques provinciales. Sur le plan économique, ces résultats devraient faciliter les études de faisabilité et renforcer l’attractivité du pays auprès des investisseurs étrangers et des partenaires techniques et financiers.
Ce chantier statistique d’envergure ne repose pas sur les seules ressources nationales. Le RGPH-3 est financé par le Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) et la Banque mondiale, dont la présence lors de la cérémonie de lancement de la phase de cartographie, en avril 2025, avait illustré l’importance accordée par la communauté internationale à la modernisation du système statistique tchadien.
En ce 20 juin 2026, le Tchad tourne une page et en ouvre une autre. Celle d’un pays qui se donne les moyens de se connaître pour mieux se construire.
CA/Sf/APA





