Un rapport international de l’ISD analyse la manière dont le Maroc a institutionnalisé l’islam comme levier de stabilité intérieure et de projection d’influence régionale, au croisement de la théologie, de la monarchie et de la diplomatie.
Un rapport publié cette semaine par l’Institute for Strategic Dialogue (ISD) examine en profondeur la stratégie marocaine de gouvernance religieuse, devenue depuis deux décennies un pilier à part entière de la politique d’État.
Selon cette étude, Rabat ne se contente pas d’encadrer le champ religieux sur son territoire : il en a fait un instrument structuré de lutte contre l’extrémisme, de stabilisation sociale et de soft power à l’échelle africaine et internationale.
L’analyse situe l’origine de ce tournant dans les attentats de Casablanca de 2003, qui ont révélé, selon l’ISD, « les vulnérabilités de l’infrastructure religieuse marocaine ». En réaction, l’État a engagé une centralisation sans précédent : supervision des mosquées, encadrement des sermons, unification de l’émission des fatwas et réforme de la formation religieuse.
Le Conseil supérieur des oulémas est devenu l’unique autorité habilitée à trancher en matière doctrinale, tandis que le ministère des Habous a renforcé son contrôle sur le culte. Cette réorganisation repose sur un socle doctrinal articulant malikisme, théologie ash‘arite, soufisme sunnite et autorité monarchique.
Le rapport souligne le rôle central du roi Mohammed VI, dont le statut constitutionnel d’Amir al-Mu’minine concentre légitimité politique et religieuse. Cette singularité permet à la monarchie d’arbitrer des débats sensibles – notamment sociétaux – en les inscrivant dans un cadre théologique présenté comme modéré et contextuel.
Les auteurs notent toutefois que cette concentration du pouvoir religieux, si elle favorise la cohérence et la stabilité, réduit parallèlement l’espace du pluralisme doctrinal et du débat critique.
Sur le plan extérieur, l’ISD décrit une diplomatie religieuse assumée, particulièrement active en Afrique subsaharienne. La formation d’imams étrangers à Rabat, via l’Institut Mohammed VI, et les réseaux animés par la Fondation Mohammed VI des oulémas africains constituent des vecteurs majeurs de cette influence.
L’objectif affiché est de promouvoir un islam présenté comme orthodoxe mais adaptable, capable de contrer les courants salafistes transnationaux et de renforcer des partenariats durables avec les élites religieuses africaines.
Cette projection spirituelle s’articule enfin avec des objectifs géopolitiques plus larges. Le rapport relève que la crédibilité religieuse acquise par le Maroc soutient sa stratégie africaine, notamment sur la question du Sahara, en consolidant des alliances étatiques et sociétales. Les auteurs mettent cependant en garde : à mesure que la religion est mobilisée comme outil diplomatique, le risque d’une perception instrumentale grandit, susceptible d’éroder l’autorité morale recherchée.
MK/AK/Sf/APA






