Les pays et communautés riches en ressources naturelles doivent davantage bénéficier de l’exploitation de leurs minerais, ont plaidé lundi plusieurs responsables devant le Conseil de sécurité de l’ONU, mettant en garde contre le financement des groupes armés et de la criminalité par l’exploitation et le trafic illicites.
La demande mondiale en minerais essentiels à la transition énergétique, notamment le lithium, le cobalt, le nickel et les terres rares, devrait presque tripler d’ici 2030, selon l’ONU.
Mais l’exploitation de ces ressources s’accompagne dans plusieurs régions de violations des droits humains, de dégradations environnementales et de conflits, ont souligné les participants à un débat du Conseil de sécurité consacré à la gouvernance des ressources naturelles.
« La bonne gouvernance des ressources naturelles est une autre forme de consolidation de la paix », a déclaré la directrice générale de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), Ngozi Okonjo-Iweala.
Elle a appelé les pays producteurs à passer de l’extraction à la création de valeur, en développant notamment la transformation locale et les industries à valeur ajoutée.
« C’est notre chance de remplacer le cercle vicieux de la malédiction des ressources par le cercle vertueux de la bénédiction des ressources », a-t-elle estimé, rappelant que la part de l’Afrique dans le commerce mondial reste inférieure à 3%.
La RDC et le Soudan sous les projecteurs
Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a notamment dénoncé les revenus issus de l’exploitation illégale des ressources, qui contribuent selon lui à éloigner les perspectives de paix.
Ces revenus « renforcent les acteurs armés et criminels, relient les violences locales aux réseaux régionaux et internationaux et réduisent les incitations au compromis politique », a-t-il averti.
La République démocratique du Congo (RDC) et le Soudan ont été particulièrement cités lors du débat pour les liens entre exploitation illégale, trafic de minerais et conflits.
En RDC, le secrétaire exécutif de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, Mutiba Luwabelwa, a mis en avant le mécanisme régional de certification des minerais, notamment pour l’étain, le tantale, le tungstène et l’or.
Plus de 33 000 certifications auraient été délivrées à des exploitants miniers en RDC ces dernières années, a-t-il indiqué, estimant que des systèmes crédibles de traçabilité, des normes harmonisées et un engagement politique peuvent contribuer à assainir les chaînes d’approvisionnement.
Au Soudan, le représentant français a pour sa part affirmé que « le trafic d’or alimente l’économie de guerre », appelant à renforcer les sanctions contre les groupes armés impliqués dans ces activités.
Transformer les minerais plutôt que les exporter bruts
La question du partage des bénéfices entre pays producteurs, entreprises et communautés locales a également dominé les échanges.
La ministre des Affaires étrangères de la RDC, Thérèse Kayikwamba Wagner, a appelé à l’émergence d’une nouvelle doctrine internationale considérant les ressources naturelles comme des actifs assortis de responsabilités partagées.
Elle a notamment défendu le respect de la souveraineté permanente des Etats sur leurs ressources, la traçabilité des chaînes d’approvisionnement, la lutte contre l’impunité économique et des partenariats plus équitables.
Plusieurs intervenants ont également insisté sur la nécessité pour les pays africains de transformer localement leurs minerais afin de conserver une plus grande part de leur valeur.
Le représentant de la Russie a notamment souligné que vingt économies africaines restent dépendantes des exportations de minerais non transformés, estimant que la poursuite de l’extraction de matières premières du Sud global témoigne de la persistance des déséquilibres hérités de la colonisation.
La ministre colombienne par intérim de l’Environnement, Irene Vélez Torres, a de son côté appelé à une « justice géopolitique » dans la gouvernance des minerais, afin que les pays du Sud ne supportent pas une nouvelle fois l’essentiel des coûts environnementaux et sociaux de leur extraction.
Le débat a ainsi mis en évidence un double enjeu pour les pays producteurs : sécuriser les chaînes mondiales d’approvisionnement en minerais critiques tout en garantissant que leur exploitation bénéficie d’abord au développement des populations et des territoires concernés.
ARD/te/Sf/APA







