La France a officiellement restitué le crâne du roi Toera, monarque malgache du XIXe siècle tué lors de la conquête coloniale. Il s’agit de la première restitution de restes humains en vertu d’une nouvelle loi votée en 2023.
Cette restitution du patrimoine malgache, qui comprenait également deux autres crânes de l’ethnie Sakalava, marque un moment historique dans la prise de conscience de la France de son passé colonial.
Les restes ont été transférés à Madagascar lors d’une cérémonie qui s’est tenue mardi au ministère français de la Culture à Paris.
La ministre française de la Culture, Rachida Dati, a qualifié l’événement d’« historique », soulignant que les crânes étaient entrés dans les collections nationales « dans des circonstances qui portent clairement atteinte à la dignité humaine et dans un contexte de violence coloniale ».
Le roi Toera a été tué et décapité en août 1897 lors d’une campagne militaire française visant à asseoir son contrôle sur le royaume de Menabe, dans l’ouest de Madagascar.
Son crâne a ensuite été envoyé à Paris et conservé au Muséum d’histoire naturelle pendant plus d’un siècle.
Bien que les tests ADN n’aient pas été concluants, un médium traditionnel Sakalava a confirmé l’identité des restes.
La ministre malgache de la Culture, Volamiranty Donna Mara, a salué cette restitution, la qualifiant de « moment important pour la communauté Sakalava et la nation », qualifiant les crânes de « lien invisible et indélébile qui unit notre présent à notre passé ».
« Leur absence est, depuis plus d’un siècle… une plaie ouverte au cœur de notre île », a déclaré Mara.
Elle prévoit d’honorer les restes lors d’un hommage national qui coïncide avec l’anniversaire de l’exécution du roi Toera.
Ce retour fait suite à la pression soutenue du gouvernement malgache et des descendants du roi, et s’inscrit dans le cadre des efforts plus vastes déployés par la France pour rapatrier les objets et les restes humains acquis pendant son règne impérial.
La loi de 2023 simplifie le processus, permettant la restitution d’objets conservés dans des collections publiques sans nécessiter de législation spécifique pour chaque cas.
La France a déjà restitué des restes humains de l’époque coloniale, notamment le corps de Sarah Baartman, surnommée la « Vénus hottentote », à l’Afrique du Sud en 2012.
Cependant, la restitution du crâne du roi Toera est la première dans le contexte du nouveau cadre juridique et pourrait ouvrir la voie à d’autres rapatriements.
On estime que 20 000 restes humains provenant du monde entier sont encore conservés dans les musées français.
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