L’organisation Media Rights Agenda (MRA) a exhorté le gouvernement fédéral du Nigeria à prendre des mesures urgentes pour se conformer à un jugement rendu le 16 février 2024 par la Haute Cour fédérale d’Abuja. Ce jugement lui ordonne d’enquêter sur les auteurs d’attaques contre des journalistes et autres professionnels des médias, de les poursuivre en justice et de les punir, ainsi que de prendre des mesures pour prévenir de nouvelles attaques.
La MRA a déclaré que le refus du gouvernement de se conformer à cette décision de justice, plus de deux ans après les faits, favorise l’impunité et encourage de nouvelles attaques contre les journalistes.
Dans un communiqué publié à Lagos à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, la responsable des programmes de la MRA, Mme Ayomide Eweje, a souligné que « la situation de la liberté des médias au Nigeria demeure profondément préoccupante, marquée par une recrudescence des attaques contre les journalistes et les médias, une hostilité croissante à leur égard, et un environnement de plus en plus restrictif pour le journalisme indépendant ».
Au cours de l’année écoulée, le Nigeria a été le théâtre d’actes d’intimidation, de harcèlement, ainsi que d’arrestations et de détentions arbitraires de journalistes par les forces de sécurité et d’autres acteurs étatiques. Les journalistes couvrant les questions de gouvernance, de corruption et de responsabilité publique continuent de faire face à des menaces, des arrestations illégales et, dans certains cas, des agressions physiques.
« Ces actions violent non seulement les droits des journalistes, mais portent également atteinte au droit du public à l’information », a-t-elle déclaré.
Mme Eweje a rappelé que, le 16 février 2024, dans le cadre d’une action intentée le 26 octobre 2021 contre le procureur général de la Fédération par Me Mojirayo Ogunlana, avocate basée à Abuja, le juge Inyang Ekwo, statuant sur une requête introduite au nom de la MRA, a accordé huit mesures déclaratoires demandées par l’organisation. Il a également ordonné au gouvernement fédéral, entre autres, de prendre des mesures pour prévenir les attaques contre les journalistes et autres professionnels des médias ; d’enquêter sur les auteurs de toutes ces attaques, de les poursuivre et de les punir ; et de garantir à toutes les victimes un accès effectif à la justice.
Elle a déclaré que, malgré ces décisions de justice, l’impunité persiste concernant les attaques contre les journalistes, les auteurs étant rarement tenus responsables. Cette situation encourage de nouvelles violations des droits des journalistes et érode la confiance du public dans l’État de droit.
Mme Eweje a également observé que le détournement des lois et règlements pour étouffer la dissidence demeure un défi majeur dans le pays. Les dispositions de la loi sur la cybercriminalité et d’autres textes ont été utilisées pour cibler les journalistes, les blogueurs et les plateformes médiatiques, souvent sous prétexte de maintenir la sécurité nationale, l’ordre public ou de protéger la réputation de responsables politiques et d’autres membres influents de la société.
Elle s’est dite préoccupée par les pressions économiques qui pèsent sur le secteur des médias, soulignant que l’instabilité financière, la baisse des revenus ainsi que les influences politiques et commerciales indues compromettent l’indépendance éditoriale et limitent la capacité des médias à produire un journalisme d’investigation de qualité.
Insistant sur le fait qu’« une presse libre, indépendante et pluraliste est aujourd’hui plus essentielle que jamais », Mme Eweje a appelé le gouvernement à reconnaître que la liberté de la presse est fondamentale. Elle a déclaré que les journalistes ne représentent pas une menace, mais un élément essentiel de la construction nationale.
Elle a exhorté le gouvernement à mettre fin à toutes les formes de harcèlement, d’intimidation et de détention illégale de journalistes ; à garantir des enquêtes rapides, approfondies et transparentes sur les attaques contre les professionnels des médias et à traduire les auteurs en justice ; et à revoir et modifier les lois et règlements incompatibles avec les garanties constitutionnelles et internationales de la liberté d’expression.
Elle a enjoint le gouvernement à promouvoir un environnement favorable au journalisme indépendant, notamment en assurant la transparence de la réglementation des médias, et à appliquer pleinement la loi de 2011 sur la liberté d’information afin d’améliorer l’accès à l’information et de renforcer la gouvernance démocratique.
Mme Eweje a appelé les forces de sécurité, les organismes de réglementation et les acteurs politiques à respecter les droits des journalistes et des médias, en particulier dans le contexte des élections et de la couverture des questions d’intérêt public.
Saluant les efforts de tous les journalistes nigérians qui continuent d’exercer leur métier dans des conditions difficiles et souvent dangereuses, elle a déclaré : « Leur courage et leur engagement demeurent indispensables à la préservation des valeurs démocratiques et à la protection des droits des citoyens à l’information et à la liberté d’expression ».
GIK/fss/te/APA






