À l’occasion de la commémoration du 11 décembre 1960, Abdelmadjid Tebboune a livré un message solennel célébrant la mémoire révolutionnaire, tout en suscitant des interrogations sur la traduction concrète de cet héritage dans l’Algérie d’aujourd’hui.
Dans son allocution marquant le 64ᵉ anniversaire des manifestations du 11 décembre 1960, le président Abdelmadjid Tebboune a convoqué les grandes figures de la révolution, citant Larbi Ben M’hidi et Didouche Mourad, pour rappeler la centralité du sacrifice et de la mémoire dans la construction nationale.
Le chef de l’État algérien a qualifié cette séquence historique de «tournant décisif» dans l’écho international de la révolution algérienne, estimant que le cri du peuple ce jour-là demeure un symbole de valeurs et d’objectifs nobles. Cette insistance sur l’héroïsme fondateur constitue, selon lui, la matrice d’une conscience nationale vigilante face aux «guerres d’intérêts intelligentes et ciblées».
Dans son message, Tebboune a souligné que l’héritage révolutionnaire confère au peuple une capacité à «déceler les dessous de la propagande mercenaire», insistant sur la permanence d’un front uni face aux menaces extérieures.
Mais cette rhétorique de continuité entre passé révolutionnaire et présent politique n’est pas sans susciter des critiques, certains observateurs relevant un décalage entre la glorification de l’histoire et les défis contemporains du pays, marqués par une économie encore dépendante des hydrocarbures et un climat social tendu.
L’appel présidentiel à «diriger la marche du présent avec vigilance» est perçu par certains analystes comme une réaffirmation de la doctrine sécuritaire du régime plutôt que comme une ouverture vers un véritable renouvellement politique.
Le président a également évoqué les «victoires» et «difficultés» rencontrées par l’Algérie depuis l’indépendance, appelant à redoubler d’efforts pour renforcer les indicateurs socio-économiques.
Mais si le discours se veut mobilisateur, il intervient dans un contexte où les réformes promises – diversification économique, soutien à l’investissement, modernisation des institutions – peinent encore à produire des résultats tangibles. La référence à «un rythme plus rapide et plus performant» pour rejoindre «la marche des États ambitieux et influents» met en lumière un objectif ambitieux, mais dont la trajectoire reste incertaine.
La commémoration du 11 décembre, élevée au rang de symbole fondateur, est ainsi utilisée pour tracer une continuité politique revendiquée par le pouvoir. Toutefois, la nuance s’impose : si le rappel de la mémoire révolutionnaire reste fédérateur, nombre d’analystes estiment que les enjeux actuels – chômage des jeunes, érosion du pouvoir d’achat, tensions régionales, attractivité économique – exigent une réponse plus structurelle que la simple invocation du passé.
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