Le gouvernement nigérian, l’Union européenne (UE) et l’Institut international pour la démocratie et l’assistance électorale (International IDEA) ont lancé une initiative destinée à renforcer les mécanismes de justice pour les enfants victimes de violences en milieu scolaire et à améliorer les capacités des acteurs chargés de prévenir, documenter et poursuivre ces infractions.
Cette action s’inscrit dans le cadre du programme soutenu par l’UE pour mettre fin aux violences sexuelles et basées sur le genre (ESGBV) au Nigéria. Elle est mise en œuvre avec le ministère fédéral de la Justice, à travers son unité de réponse aux violences sexuelles et basées sur le genre, avec l’appui du ministère fédéral de l’Éducation et de l’UNESCO.
L’initiative a été présentée lors d’un atelier de renforcement des capacités de trois jours ouvert à Abuja. Les travaux portent sur la mise en œuvre de la procédure opérationnelle standard (SOP) relative à la poursuite judiciaire des auteurs de violences basées sur le genre en milieu scolaire, élaborée en 2024.
S’adressant à des représentants des écoles, des forces de sécurité, des organisations de la société civile et des institutions éducatives, la responsable de l’unité de réponse aux violences sexuelles et basées sur le genre au ministère de la Justice, Yewande Gbola-Awopetu, a dressé un constat alarmant.
S’appuyant sur une revue systématique, elle a indiqué que la prévalence des violences basées sur le genre en milieu scolaire atteignait 42,3 %, soit près d’une élève sur deux exposée à une forme de violence au cours de sa scolarité. Elle a également cité une étude publiée en 2025 dans la revue PLOS Global Public Health, selon laquelle 69,4 % des adolescents du sud-ouest du Nigéria ont subi une forme de violence sexuelle.
« Ce ne sont pas de simples statistiques. Ce sont des vies bouleversées, des avenirs compromis et des opportunités perdues », a-t-elle déclaré.
Selon elle, les conséquences de ces violences vont bien au-delà des traumatismes immédiats et contribuent à la crise des enfants non scolarisés dans le pays.
« Les filles représentent 60 % des enfants non scolarisés au Nigéria. Chaque fille qui quitte l’école parce qu’elle a été agressée, harcelée ou qu’elle ne s’y sent plus en sécurité représente non seulement une tragédie personnelle, mais aussi une perte irréversible pour le capital humain du pays », a-t-elle souligné.
Mme Gbola-Awopetu a regretté que de nombreux cas ne soient ni signalés ni correctement documentés, ce qui favorise l’impunité des auteurs et prive les victimes de recours. Elle a précisé que la SOP constitue un cadre coordonné visant à améliorer le signalement des faits, la conservation des preuves et les poursuites judiciaires.
De son côté, la spécialiste des politiques de lutte contre les violences basées sur le genre à International IDEA, Melissa Omene, a rappelé que les violences en milieu scolaire prennent diverses formes : abus sexuels, harcèlement, exploitation, intimidation, châtiments corporels, violences numériques et certaines pratiques traditionnelles néfastes.
Selon elle, des études récentes montrent que 18 % des cas de violences sexuelles surviennent dans les écoles et que 25 % des enfants déclarent avoir subi des châtiments corporels infligés par des enseignants.
« Ce ne sont pas seulement des statistiques ; elles reflètent des réalités vécues », a-t-elle affirmé.
Elle a ajouté que les enfants victimes de violences sont davantage exposés à l’abandon scolaire, aux difficultés d’apprentissage et à des troubles psychosociaux durables, les filles et les groupes vulnérables étant les plus touchés.
Insistant sur le rôle des acteurs de première ligne, elle a rappelé que leurs interventions peuvent être déterminantes pour permettre aux victimes d’accéder à la protection, au soutien et à la justice.
Cette initiative intervient dans un contexte de fortes préoccupations concernant la sécurité des établissements scolaires au Nigéria. Le pays compte plus de 18 millions d’enfants non scolarisés, selon les estimations récentes, l’insécurité, la pauvreté, les mariages précoces et les violences figurant parmi les principaux facteurs d’exclusion scolaire, notamment pour les filles.
GIK/lb/te/Sf/APA







