Le gouvernement malien a approuvé vendredi l’attribution à B2Gold Mali Resources d’un permis d’exploitation de grande mine d’or à Menankoto-Sud, dans l’ouest du pays. Attendue depuis plusieurs mois par le groupe canadien, cette autorisation doit permettre d’alimenter davantage le complexe de Fekola, l’un des principaux sites aurifères du Mali, au moment où la production nationale reste en retrait.
Le permis de Menankoto-Sud, situé dans le cercle de Kéniéba, région de Kayes, est accordé à la canadienne B2Gold Mali Resources pour une durée maximale de douze ans. Selon le communiqué du Conseil des ministres du 7 août, le périmètre résulte de la fusion, intervenue en mai 2025, des permis de recherche de Bakolobi, Menankoto-Sud et Bantako-Nord. Les travaux réalisés sur la zone ont permis d’identifier un gisement jugé économiquement exploitable sous la forme d’une grande mine.
Pour B2Gold, la décision lève un verrou qui pesait directement sur ses prévisions. Le groupe avait indiqué que l’absence du permis d’exploitation de Fekola Regional avait empêché toute activité minière sur cette zone en 2025, puis durant le premier trimestre 2026. Il conditionnait encore son objectif annuel à l’obtention de l’autorisation au plus tard fin juin, une échéance finalement dépassée.
Menankoto se trouve à environ 20 kilomètres de la mine de Fekola. B2Gold avait déjà achevé en 2023 une partie des infrastructures nécessaires, notamment la route permettant d’acheminer le minerai vers l’usine de traitement de Fekola, ainsi que des installations logistiques comprenant entrepôt, atelier, dépôt de carburant et bureaux.
Production attendue
L’enjeu est important pour le calendrier de production du groupe. B2Gold tablait initialement sur une contribution de 60 000 à 80 000 onces d’or provenant de Fekola Regional en 2026, grâce au transport du minerai vers l’usine existante. À pleine cadence, la compagnie estime que cette extension pourrait produire en moyenne environ 180 000 onces par an entre 2027 et 2031 et prolonger l’activité du complexe jusque dans les années 2030.
La mine de Fekola reste déjà l’un des principaux actifs de B2Gold. Elle a produit 530 769 onces d’or en 2025 et franchi, en juillet de la même année, le cap cumulé des quatre millions d’onces depuis le démarrage de la production commerciale en 2017. Au premier trimestre 2026, la production s’est établie à 117 450 onces, supérieure aux attentes de l’entreprise. Pour l’ensemble de l’année, B2Gold vise entre 410 000 et 460 000 onces pour le complexe de Fekola.
La configuration financière de l’extension diffère également de celle de la mine historique. Fekola est détenue à 80 % par B2Gold et à 20 % par l’État malien, tandis que B2Gold indique que Fekola Regional sera détenu à 65 % par le groupe et à 35 % par l’État malien, conformément au nouveau cadre appliqué au projet.
Cette évolution découle d’un accord conclu en septembre 2024 entre Bamako et B2Gold après plusieurs mois de discussions sur les audits fiscaux et douaniers, la gouvernance du complexe et l’application du Code minier adopté en 2023. Le nouveau cadre permet à l’État et aux investisseurs privés maliens de porter leur participation cumulée jusqu’à 35 % dans les nouveaux projets miniers.
Un secteur sous pression
Le permis intervient dans une période délicate pour l’industrie aurifère malienne. La production industrielle, qui avait atteint un record de 66,5 tonnes en 2023, est tombée à 42,2 tonnes en 2025. Le ministère des Mines prévoit 43,2 tonnes en 2026, puis 51,2 tonnes en 2027 et 57 tonnes en 2028. Les autorités attribuent une place centrale à Fekola, aux complexes Loulo-Gounkoto, Syama et Sadiola dans cette remontée attendue.
Cette baisse intervient alors que Bamako cherche à accroître les revenus tirés de l’or. Un audit engagé dans le secteur a permis, selon le gouvernement, de réclamer et recouvrer environ 761 milliards de FCFA, soit près de 1,2 milliard de dollars, au titre d’arriérés et de régularisations auprès des sociétés minières. Les nouvelles règles ont aussi suscité des tensions avec certains opérateurs étrangers, notamment Barrick, autour de la fiscalité et du partage des revenus.
Dans ce contexte, l’autorisation accordée à B2Gold tranche avec les contentieux qui ont marqué une partie du secteur. Elle ouvre désormais la phase opérationnelle de Menankoto-Sud. Restent à connaître le calendrier précis du démarrage de l’extraction, les volumes qui pourront effectivement être produits d’ici à la fin de 2026 et les recettes supplémentaires que cette extension générera pour l’État malien.
MD/Sf/APA







