Les crises persistantes au Moyen-Orient pourraient entraîner une perte allant jusqu’à 0,2 point de pourcentage de la croissance économique de l’Afrique en 2026, selon un rapport conjoint présenté à Washington par la CUA, la BAD et la CEA
La Commission de l’Union africaine, le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA) et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) ont produit un rapport intitulé « Impacts du conflit au Moyen-Orient sur les économies africaines ». Le document souligne que les économies africaines, encore fragiles après les effets du Covid-19, de la guerre en Ukraine et des tensions commerciales, restent particulièrement exposées aux nouveaux chocs géopolitiques.
Présenté en marge des réunions de printemps du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, le rapport met en lumière les risques liés notamment à une éventuelle fermeture du détroit d’Ormuz, susceptible de perturber le commerce et le transport à l’échelle mondiale, a indiqué l’économiste en chef de la BAD, Kevin Urama.
Selon le document, les principaux canaux de transmission de ces chocs sont la flambée des prix des hydrocarbures, des produits alimentaires et des engrais, les perturbations des chaînes d’approvisionnement, ainsi que la volatilité des marchés financiers et des taux de change.
« 80 % du pétrole importé en Afrique provient de cette région, de même que 50 % des produits raffinés », a précisé le secrétaire exécutif de la CEA, Claver Gatete, ajoutant que 31 pays africains subissent déjà une dépréciation de leurs monnaies.
Malgré ces pressions, les institutions partenaires mettent en avant la capacité de résilience du continent. « L’Afrique fait preuve d’une grande résilience », a souligné Francisca Tatchouop Belobe, commissaire de l’Union africaine chargée de l’Économie.
Face à ces risques, Kevin Urama appelle les gouvernements africains à éviter toute décision précipitée susceptible de compromettre les équilibres budgétaires. Le rapport recommande notamment une gestion rigoureuse de l’inflation, le maintien d’une discipline budgétaire, un meilleur contrôle de la dette et une utilisation stratégique des réserves énergétiques.
Il préconise également, lorsque cela est possible, la mise en place de mesures sociales ciblées pour protéger les populations vulnérables, tout en déconseillant les subventions généralisées susceptibles d’alourdir durablement les déficits publics.
Le document insiste par ailleurs sur la nécessité de diversifier les sources d’approvisionnement en énergie et en produits alimentaires, de renforcer le commerce intra-africain et d’accélérer la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
Les partenaires au développement sont également appelés à appuyer les pays africains à travers des financements d’urgence et une assistance technique renforcée.
La vice-secrétaire générale des Nations Unies, Amina J. Mohammed, a pour sa part appelé à préserver les acquis du continent, notamment en matière de développement durable. « Nous devons poursuivre les efforts pour atteindre les Objectifs de développement durable ainsi que ceux de l’Agenda 2063 », a-t-elle déclaré.
Même appel à une réponse coordonnée du côté de la BAD. « Aucun pays ni aucune institution ne peut faire face seul à ces chocs », a souligné Marie-Laure Akin-Olugbagde, vice-présidente principale du Groupe.
Enfin, la directrice régionale du PNUD pour l’Afrique, Ahunna Eziokonwa, a insisté sur l’urgence de renforcer l’indépendance énergétique du continent et d’investir davantage dans l’innovation, le numérique et l’intelligence artificielle.
TE/Sf/APA





