Alors qu’Alger se félicite d’avoir obtenu des « avancées » dans la révision de son Accord d’association avec l’Union européenne, la réalité reste celle d’un déséquilibre structurel et d’une relation marquée par la méfiance et les procédures contentieuses.
Une rencontre tenue à Alger entre le ministre du Commerce extérieur, Kamel Rezig, et l’ambassadeur de l’Union européenne, Diego Mellado, a été présentée par la presse officielle comme une étape décisive dans la relance du dialogue avec Bruxelles. Neuf chapitres de l’Accord d’association signé en 2002 seraient désormais en passe d’être renégociés pour rétablir, selon Alger, un « équilibre » jugé rompu au détriment de son économie.
Les autorités algériennes mettent en avant une baisse de 31 % des importations européennes entre 2014 et 2024 et soulignent l’essor des exportations hors hydrocarbures, en particulier agricoles et agroalimentaires. Mais cet argument masque mal la réalité : malgré une rhétorique de diversification, l’économie algérienne demeure dépendante des hydrocarbures, représentant plus de 90 % des recettes d’exportation. Le ratio évoqué par Alger – un dollar exporté pour dix importés – illustre surtout la faiblesse chronique de son appareil productif et l’incapacité des filières locales à s’imposer sur les marchés européens.
L’Union européenne, de son côté, ne cache pas son exaspération. Elle reproche à Alger ses restrictions commerciales, ses barrières non tarifaires et un climat d’investissement dissuasif, au point d’avoir engagé une procédure d’arbitrage. Cette démarche, loin de témoigner d’une relation « sereine », illustre au contraire la défiance grandissante entre les deux partenaires.
Alger s’appuie sur ses partenariats bilatéraux avec Rome et Berlin pour contester les griefs européens. L’Italie, devenue premier client énergétique de l’Algérie avec 14 milliards d’euros d’échanges en 2024, affiche une coopération renforcée dans le gaz, l’automobile ou l’agriculture. L’Allemagne, de son côté, mise sur l’hydrogène vert et la ferme algéro-qatarie d’Adrar. Mais ces succès bilatéraux, concentrés dans l’énergie et quelques projets ciblés, ne sauraient masquer la fragilité de la relation globale avec l’UE.
Le discours officiel algérien insiste sur une « Algérie nouvelle », moins rentière et plus ouverte. Pourtant, la dépendance aux hydrocarbures, la bureaucratie lourde et l’instabilité réglementaire continuent de freiner tout véritable décollage industriel. En réalité, ce n’est pas l’UE qui bloque l’intégration économique, mais l’incapacité du pays à mettre en place un cadre fiable et attractif pour ses partenaires.
Derrière les annonces de révision de l’Accord, c’est donc un bras de fer qui s’installe : l’Union européenne exige la levée des restrictions et le respect des règles de libre-échange, tandis qu’Alger cherche à tirer profit de ses ressources énergétiques pour obtenir des concessions. Mais sans réformes structurelles profondes, les promesses d’« équilibre » risquent de rester lettre morte, laissant l’Algérie enfermée dans une posture défensive plus que dans une dynamique de modernisation économique.
MK/Sf/APA





