En réorientant son modèle de croissance vers six pôles régionaux, le Bénin tente un rééquilibrage économique ambitieux. Entre l’inspiration des zones économiques spéciales asiatiques et les réalités du marché ouest-africain, la réussite du projet du président Romuald Wadagni repose sur un impératif : transformer la volonté politique en projets bancables et en intégration commerciale effective.
La bonne santé des finances publiques est un préalable indispensable au développement. C’est ce qui a permis au Bénin de transformer son image auprès des marchés ces dernières années, comme en témoignent ses évaluations par les agences de notation, soutient Seyimi Ahouandogbo, banquier d’affaires et fondateur d’AWA Funding.
Néanmoins, la rigueur budgétaire ne suffit pas à mesurer le développement réel d’un pays, au plus près de l’emploi et du capital humain. C’est précisément l’objectif du nouveau Gouvernement qui place la création de six pôles territoriaux au cœur de sa stratégie pour les sept prochaines années. L’ambition est claire : rapprocher la création de richesse des populations et sédentariser la valeur au plus près des bassins de production.
Des clusters industriels face aux réalités commerciales régionales
L’histoire économique offre des repères précis. En Asie de l’Est, les zones économiques spéciales ont été conçues comme de puissants moteurs d’exportation, destinés à insérer les pays dans les chaînes de valeur mondiales et à générer des devises. L’emploi y a été la conséquence directe de cette montée en puissance commerciale.
Le modèle béninois adapte cette logique de cluster industriel en lui assignant une mission de transformation locale pour stabiliser le tissu social. Toutefois, la rentabilité de ces infrastructures exige des débouchés qui dépassent largement le marché national.
Si la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) offre un cadre théorique favorable, la viabilité des pôles dépendra de leur capacité à franchir les obstacles réels du commerce transfrontalier. La levée des barrières non tarifaires et la gestion de la volatilité monétaire, notamment face au marché nigérian, détermineront la compétitivité effective des produits transformés au Bénin.
Le déploiement de six pôles industriels représente un défi financier majeur au regard des règles de convergence de l’UEMOA. L’expérience montre l’efficacité d’un séquençage spatial progressif, concentrant les ressources sur les corridors logistiques stratégiques avant de généraliser le maillage à l’ensemble du territoire.
Pilotage d’amorçage, clarification fiscale et défi foncier
Sur le plan administratif, la tutelle directe de la présidence de la République sur les Agences régionales de développement constitue un dispositif d’amorçage efficace pour lever les blocages bureaucratiques. Mais la pérennité du modèle imposera une transition vers les collectivités locales.
Par ailleurs, l’implantation des investisseurs privés dans l’agro-industrie se heurtera directement aux réalités du terrain. La sécurisation des droits fonciers ruraux et la modernisation du cadastre restent le préalable absolu pour rassurer les capitaux et prévenir les litiges fonciers.
L’évaluation annuelle des Délégués généraux sur des indicateurs de création d’emplois et de capitaux attirés fixe une culture de la performance nécessaire. Pour autant, l’attraction du capital privé ne se contentera pas de simples appels civiques à la diaspora. Les investisseurs exigent des projets structurés autour de contrats d’achat garantis et de débouchés sécurisés.
Le recours aux partenariats public-privé pour financer les infrastructures doit s’accompagner d’une vigilance stricte sur les finances publiques. La soutenabilité budgétaire exigera une maîtrise rigoureuse des passifs éventuels et des garanties accordées par l’État, afin d’éviter que les risques d’exploitation ne viennent alourdir la dette souveraine.
Le diagnostic est lucide et le cap fixé est le bon : la croissance de demain se construira à la base. Le Bénin dispose désormais d’une feuille de route audacieuse pour réinventer son modèle. Le défi, stimulant, est maintenant de transformer cette vision politique pionnière en une réalité économique tangible, portée par des partenariats industriels solides et de véritables moteurs de croissance locale.
AP/Sf/APA





