Malgré une succession de contrats pétroliers record, l’Algérie peine à diversifier son économie et à moderniser sa gouvernance énergétique, selon plusieurs analystes du secteur.
L’Algérie s’est à nouveau illustrée en octobre parmi les plus importantes transactions pétrolières mondiales, selon la plateforme spécialisée Energy Platform. La Compagnie nationale des hydrocarbures Sonatrach a conclu un contrat estimé à 5,4 milliards de dollars (environ 5 milliards d’euros) avec la société saoudienne Midad Energy, pour l’exploration et le développement de gisements dans le bassin d’Illizi, au sud-est du pays.
L’accord prévoit une prise en charge intégrale du financement par la partie saoudienne, dont 288 millions de dollars pour la phase d’exploration. Les deux partenaires ambitionnent une production totale d’environ 955 millions de barils équivalent pétrole, dont 125 milliards de mètres cubes de gaz. Ce contrat, présenté par Alger comme un «succès stratégique», s’inscrit dans la série de mégaprojets annoncés depuis juillet dernier, lorsque l’Algérie s’était déjà classée première mondiale pour les transactions pétrolières.
Si ces chiffres impressionnent, plusieurs observateurs soulignent que la stratégie énergétique algérienne demeure centrée sur les hydrocarbures, dans un contexte de stagnation industrielle et de tensions budgétaires. Malgré une manne estimée à plus de 40 milliards de dollars d’exportations d’hydrocarbures en 2024, la diversification économique tarde à se concrétiser.
« L’État algérien célèbre des signatures de contrats, mais pas de résultats industriels tangibles », résume un économiste basé à Alger, interrogé sous anonymat. Ajoutant : « Les annonces masquent une dépendance structurelle à un modèle extractiviste, sans stratégie claire de transition énergétique. »
Les observateurs rappellent aussi la rotation rapide des dirigeants de Sonatrach, dont l’ex-PDG Rachid Hachichi, limogé peu après la signature de l’accord d’octobre. Cette instabilité chronique illustre, selon eux, les interférences politiques persistantes dans la gestion du secteur pétrolier.
«Chaque changement de direction se traduit par une remise à plat des priorités et un ralentissement des projets», note un rapport du think tank Middle East Economic Survey.
En dépit de l’importance du contrat avec Midad Energy, les retombées locales restent incertaines. Les promesses de participation d’entreprises algériennes « dans toutes les chaînes de valeur » rappellent les engagements déjà formulés lors d’accords précédents avec ENI, TotalEnergies ou Sinopec, souvent restés à l’état de déclarations d’intention.
Les analystes estiment que l’Algérie continue d’exploiter son avantage comparatif sans l’inscrire dans une stratégie énergétique intégrée, ni investir massivement dans les énergies renouvelables. Or, selon les données de la Banque mondiale, les hydrocarbures représentent encore plus de 93 % des exportations et près de 40 % des recettes budgétaires du pays.
Si les autorités revendiquent la « première place mondiale » pour les transactions pétrolières, cette performance tient davantage à la taille nominale des contrats qu’à leur mise en œuvre réelle. Les retards chroniques, la bureaucratie et le manque de transparence continuent de freiner la compétitivité du secteur.
« La succession d’accords masque un immobilisme profond », observe un expert en énergie basé à Londres.
« L’Algérie n’a pas encore traduit ses milliards de dollars d’annonces en croissance durable ni en sécurité énergétique pour sa population », note-t-il.
MK/ak/Sf/APA







