L’État algérien a pris sur lui le financement intégral d’un gigantesque projet de 3 000 MGW d’électricité solaire, présenté comme l’un des quatre piliers de l’essor économique.
Présentée comme la colonne vertébrale de l’« émergence » algérienne, la stratégie articulée autour des mines, de l’économie du savoir, des énergies renouvelables et du Code des investissements repose avant tout sur une mobilisation massive de l’État et du Trésor public. Derrière le discours volontariste, la diversification demeure largement administrée, coûteuse et encore fragile dans ses résultats.
Dans le secteur minier, les projets de Ghar Djebilet, de phosphates à Tébessa ou de zinc à Oued Amizour illustrent une logique de passage en force plus qu’un écosystème mature. Infrastructures ferroviaires de centaines de kilomètres, financement public intégral et pilotage par des groupes étatiques traduisent une dépendance persistante à l’État, sans garantie de rentabilité à long terme ni de compétitivité internationale. L’intérêt affiché de partenaires étrangers reste prudent et largement conditionné aux incitations publiques.
L’économie du savoir, souvent mise en avant, souffre du même biais. Les chiffres annoncés de start-up « viables » ne disent rien de leur capacité réelle à créer de la valeur, à exporter ou à s’inscrire durablement dans des chaînes technologiques mondiales. L’écosystème demeure sous perfusion budgétaire, avec une faible implication du capital privé et un marché intérieur étroit.
Sur le plan énergétique, le projet solaire de 3 000 MW, entièrement financé par l’État, confirme une approche centralisée et budgétivore. Les ambitions d’hydrogène vert et d’exportation énergétique vers l’Europe relèvent davantage d’une projection géopolitique que d’un modèle industriel abouti, dans un contexte où les délais, les coûts et les contraintes technologiques restent flous.
Enfin, le nouveau Code des investissements, présenté comme un tournant, peine à dissiper les doutes structurels : lourdeurs administratives, instabilité réglementaire et faible attractivité hors secteurs stratégiques contrôlés. La diplomatie économique volontariste ne suffit pas à compenser l’absence de réformes profondes du climat des affaires.
En définitive, plus qu’une émergence portée par le marché et l’innovation, l’Algérie affiche une diversification dirigée, coûteuse et encore largement dépendante de la rente et de la décision politique. Le récit est ambitieux, mais l’économie réelle tarde à suivre.
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