L’Algérie se trouve à la croisée des chemins. Son sous-sol renferme des ressources considérables, mais son modèle de gouvernance et sa frilosité technologique l’empêchent d’en tirer parti.
Lors du Salon international Africa & Mediterranean Energy & Hydrogen Exhibition and Conference (Napec 2025) tenu à Oran, l’ingénieur géophysicien de Sonatrach, Slimane Guellati, a rappelé que l’Algérie disposait d’un « potentiel géologique important encore sous-exploité », notamment dans le domaine des hydrocarbures offshore et non conventionnels. Ces gisements, présentés comme une solution à la déplétion des champs traditionnels, nourrissent l’ambition d’une Algérie capable de prolonger son statut de puissance énergétique. Mais derrière les promesses, le pays peine à convertir ce potentiel en production réelle.
Le Napec d’Oran a servi de tribune à un discours désormais récurrent : celui d’une Algérie « assise sur des richesses inexploitées » dont la mise en valeur garantirait la sécurité énergétique nationale. Slimane Guellati a évoqué des réserves gazières biogéniques situées au large de la côte Est, entre Béjaïa et Skikda, comparables — sur la base de données sismiques — au mégagisement égyptien de Zohr, évalué à près de 30 trillions de mètres cubes de gaz. Mais aucun programme concret d’exploration offshore n’a encore été lancé à grande échelle. L’absence d’expérience technique, les coûts élevés et le manque de partenaires internationaux freinent toute avancée opérationnelle.
La comparaison avec Zohr illustre à quel point l’Algérie accuse un retard stratégique dans la valorisation de ses ressources sous-marines. Le gisement égyptien, découvert en 2015, a permis au Caire de redevenir exportateur net de gaz en moins de cinq ans, grâce à une ouverture rapide aux majors internationales comme Eni et BP. Alger, de son côté, reste prudente, prisonnière d’un appareil décisionnel rigide et d’une Sonatrach suradministrée. La méfiance historique envers les partenaires étrangers — perçus comme une menace pour la souveraineté nationale — continue de paralyser un secteur qui exige pourtant technologie, capital et expertise internationale.
Avec les troisièmes réserves mondiales d’hydrocarbures non conventionnels derrière la Chine et l’Argentine, l’Algérie détient un atout considérable. Mais l’exploitation du gaz de schiste reste un sujet tabou depuis les fortes mobilisations de 2015 à In Salah. Le gouvernement redoute une contestation sociale dans le Sud, où l’accès à l’eau, les enjeux environnementaux et la méfiance envers l’État rendent toute tentative de fracturation hydraulique explosive politiquement. Les pouvoirs publics préfèrent donc repousser l’échéance, laissant ce dossier en suspens malgré la pression croissante sur la production conventionnelle.
MK/AC/Sf/APA





