L’élection d’Al-Salheen Abdelnabi à la tête de la Chambre des représentants libyenne marque une avancée pour Saddam Haftar, qui consolide son influence sur les institutions de l’Est et renforce ses ambitions dans les négociations sur la réunification du pays.
La recomposition du pouvoir parlementaire libyen ouvre une nouvelle séquence dans la lutte d’influence au sein du camp de l’Est. Le 6 octobre 2026, Al-Salheen Abdelnabi a été élu président de la Chambre des représentants, basée à Benghazi, par 98 voix sur 105, selon les informations rapportées sur cette élection. Cette victoire constitue un succès politique pour Saddam Haftar, vice-commandant de l’Armée nationale libyenne (ANL) et fils du maréchal Khalifa Haftar, dont l’influence sur les institutions orientales ne cesse de se renforcer.
Le départ d’Aguila Salah Issa, qui dirigeait la Chambre depuis 2014, modifie les équilibres au sein de cette institution. Si le Parlement conserve une légitimité électorale importante, son autonomie politique pourrait se trouver davantage limitée par les rapports de force militaires et familiaux qui structurent l’Est libyen. Député de Tobrouk et membre de la tribu des Obeidats, comme son prédécesseur, Al-Salheen Abdelnabi dispose d’un ancrage susceptible de faciliter son acceptation dans une région où les affiliations tribales demeurent politiquement déterminantes.
Les nominations aux postes de vice-présidents renforcent cette stratégie d’équilibre territorial. Tariq Abdullah Lashtar, originaire de Zintan, dans l’Ouest, occupe le poste de premier vice-président, tandis que Misbah Douma, représentant du Fezzan, devient le second vice-président. Cette configuration permet au camp Haftar de consolider ses relais au-delà de son bastion de Cyrénaïque, alors que l’ANL cherche à étendre son influence dans le Sud et à maintenir des connexions avec des acteurs de l’Ouest.
La nouvelle direction parlementaire présente également un intérêt diplomatique. Al-Salheen Abdelnabi dirige le groupe d’amitié parlementaire libyo-turc, un atout pour Saddam Haftar dans ses efforts visant à entretenir des relations avec Ankara. La Turquie, historiquement proche des autorités de Tripoli, a progressivement développé des contacts avec le clan Haftar. L’approbation parlementaire de l’accord maritime conclu en novembre 2019 entre Ankara et les autorités de Tripoli constitue notamment un enjeu potentiel de ces rapprochements.
Cette évolution intervient après des tensions internes au sein de la famille Haftar. Une première tentative de changement à la tête de la Chambre, le 21 septembre, avait échoué face à l’opposition de députés proches de Khaled Haftar, frère de Saddam. Le différend aurait finalement été arbitré par Khalifa Haftar lors d’une rencontre avec une délégation parlementaire au début du mois d’octobre. Cet épisode illustre le poids déterminant du chef militaire dans les arbitrages politiques de son camp.
La nouvelle configuration pourrait enfin favoriser l’accord dit du « 4+4 », une initiative soutenue par les Nations Unies visant à rapprocher des représentants des camps de Tripoli et de l’Est autour d’un plan de réunification institutionnelle. Saddam Haftar pourrait y gagner une place accrue dans les futures structures de pouvoir. Mais la consolidation de son influence parlementaire ne garantit pas un règlement de la crise libyenne : elle pourrait tout autant renforcer sa capacité de négociation que concentrer davantage le pouvoir entre les mains du clan Haftar, au risque de compliquer la construction d’un compromis politique véritablement inclusif.
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