La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) ne change pas de cap. Réuni ce mercredi 9 septembre 2026 à Dakar pour sa troisième session de l’année, le Comité de politique monétaire (CPM) a décidé de maintenir inchangés ses principaux taux directeurs.
Le principal taux directeur de la BCEAO reste fixé à 3 %, tandis que le taux du guichet de prêt marginal demeure à 5 %. Le coefficient des réserves obligatoires applicable aux établissements assujettis est également maintenu à 3 %.
Cette décision du Comité de politique monétaire (CPM) intervient dans un contexte marqué à la fois par une croissance économique soutenue dans l’Union et par une remontée modérée de l’inflation.
Une croissance de 6,1 % attendue en 2026
Pour justifier le maintien de ses taux, le Comité de politique monétaire a notamment examiné l’évolution de la conjoncture internationale et régionale, ainsi que les perspectives en matière d’inflation, d’activité économique et de situation extérieure.
Sur le front de la croissance, les indicateurs restent favorables. L’activité économique dans l’Union a progressé de 6 % au deuxième trimestre 2026 en glissement annuel, après une croissance de 6,1 % au trimestre précédent.
La BCEAO table sur une croissance de 6,1 % pour l’ensemble de l’année 2026. Cette dynamique est portée par les performances de l’ensemble des secteurs de l’économie.
Pour la Banque centrale, cette vigueur de l’activité constitue un élément important dans l’évaluation de la politique monétaire, alors que les conditions de financement de l’économie restent jugées adéquates.
L’inflation remonte à 0,4 %
L’évolution des prix fait toutefois l’objet d’une attention particulière de la part de la BCEAO.
Après avoir enregistré une inflation de -0,2 % au premier trimestre 2026, l’Union a connu une remontée au deuxième trimestre, avec un taux de 0,4 %.
Cette progression est principalement liée à l’augmentation des prix du transport, consécutive à la hausse des prix des produits pétroliers dans la plupart des États membres de l’Union.
La BCEAO relève également une augmentation des prix du logement ainsi que de plusieurs produits alimentaires, notamment la viande, le poisson et les légumes.
La tendance pourrait se poursuivre au cours des prochains mois. Pour l’ensemble de l’année 2026, la Banque centrale prévoit une inflation moyenne de 1 %, contre 0 % en 2025.
Les risques restent néanmoins orientés à la hausse, notamment en raison des incertitudes liées à la crise au Moyen-Orient.
Le crédit au secteur privé progresse
Autre indicateur favorable : le financement de l’économie demeure satisfaisant.
Le crédit bancaire accordé au secteur privé a enregistré une progression de 6,6 % à fin juin 2026, contre 6 % à fin mars.
Cette évolution confirme le maintien d’un financement bancaire relativement dynamique, dans un contexte où l’activité économique de l’Union demeure robuste.
Le choix de maintenir le principal taux directeur à 3 % permet ainsi à la BCEAO de conserver les conditions monétaires actuelles tout en surveillant attentivement les éventuelles tensions inflationnistes.
Une position extérieure renforcée
La situation extérieure de l’Union s’est également améliorée au deuxième trimestre.
Cette évolution a notamment bénéficié de la hausse de la valeur des exportations d’or, de coton, de cacao et de produits pétroliers.
Ces performances contribuent au renforcement de la position extérieure de l’Union et constituent un autre élément favorable pris en compte par le Comité de politique monétaire.
La BCEAO appelle à poursuivre la consolidation budgétaire
Si la Banque centrale maintient son dispositif monétaire, elle appelle parallèlement les États membres à poursuivre les efforts engagés sur le front budgétaire.
Les conclusions de la réunion seront soumises au Conseil des ministres de l’Union lors de sa prochaine session.
À cette occasion, la BCEAO entend rappeler la nécessité de poursuivre la consolidation budgétaire afin de renforcer la capacité des États membres à faire face aux différents chocs économiques.
Le gouverneur de la BCEAO, Jean-Claude Kassi Brou, a également insisté sur la nécessité de rester attentif à l’évolution de la situation économique et financière.
La vigilance reste de mise
Le maintien des taux directeurs ne signifie pas pour autant que la BCEAO baisse sa garde.
Le Comité de politique monétaire indique qu’il continuera d’accorder une attention particulière aux risques liés à l’évolution des prix et aux conditions monétaires.
Il se réserve la possibilité de prendre, si nécessaire, les mesures appropriées pour préserver la stabilité monétaire et financière de l’Union.
Pour l’heure, le choix du statu quo traduit une volonté de préserver l’équilibre entre soutien à l’activité économique, maîtrise de l’inflation et stabilité financière.
La BCEAO maintient donc son principal taux directeur à 3 %, dans un environnement où la croissance demeure solide, où le crédit au secteur privé progresse et où l’inflation, bien qu’en légère remontée, reste contenue. Les prochains mois seront toutefois déterminants, notamment au regard de l’évolution de la crise au Moyen-Orient et de ses éventuelles répercussions sur les prix de l’énergie et des produits alimentaires.
TE/Sf/APA





