Dix condamnés pour « terrorisme » ont été exécutés dans une prison militaire contrôlée par le camp Haftar, une opération entourée d’accusations d’opacité et d’atteintes au droit à un procès équitable.
Dix personnes ont été fusillées à la prison militaire de Garnada, près de Shahat, dans l’est de la Libye, a annoncé dimanche le parquet militaire relevant des autorités alliées au général Khalifa Haftar.
Selon cette institution, les condamnés avaient été reconnus coupables de crimes liés au terrorisme au terme de plusieurs années de procédures judiciaires. La date exacte des exécutions, l’identité des condamnés et les comptes rendus complets de leurs procès n’ont toutefois pas été rendus publics.
Le parquet affirme que la Cour suprême militaire avait prononcé les peines capitales pour des infractions comprenant l’appartenance à des organisations interdites et la participation à des attaques contre des militaires et des civils. Il assure également que les voies de recours avaient été épuisées et que les condamnés avaient bénéficié d’une défense. Ces éléments n’ont pas pu être vérifiés de manière indépendante.
Des sources locales et des défenseurs des droits humains présentent une version différente. Selon eux, certaines des personnes exécutées, notamment originaires de Derna, auraient été poursuivies en raison de leurs affiliations politiques ou de leur opposition aux autorités de l’Est. Ils dénoncent des procédures conduites à huis clos devant des juridictions militaires et dépourvues des garanties fondamentales d’un procès équitable. Aucune organisation indépendante n’a cependant publié, dans l’immédiat, une liste vérifiée des victimes ou un examen détaillé des dossiers.
La prison de Garnada appartient au dispositif militaire et sécuritaire placé sous l’autorité de Khalifa Haftar et de sa famille. En mai, les responsables de l’Est avaient annoncé la libération de 250 détenus de cet établissement sur instruction du général, sous la supervision de son fils Saddam Haftar. Le contrôle exercé par les forces armées sur les lieux de détention, les tribunaux militaires et l’application de la peine capitale alimente depuis plusieurs années les critiques visant l’absence de contrôle civil et judiciaire.
Ces exécutions interviennent alors que Washington cherche à associer davantage la famille Haftar aux efforts de réunification des institutions libyennes. Saddam Haftar avait notamment rencontré en juin le secrétaire d’État américain Marco Rubio pour discuter de l’unification des structures militaires, politiques et économiques.
L’affaire de Garnada expose toutefois les risques de cette stratégie : une réunification négociée entre les principaux centres de pouvoir pourrait consolider les appareils coercitifs existants sans garantir leur soumission à des institutions nationales responsables et à une justice indépendante.
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