Les coupures d’électricité tournantes ont provoqué d’importantes pertes dans plusieurs filières agroalimentaires tunisiennes, de l’élevage à la pâtisserie, tandis que le prix du maquereau a doublé.
Des centaines de milliers de volailles mortes, des quantités de lait jetées, des stocks de pâtisserie détruits et une hausse des prix du poisson: les délestages électriques imposés ces deux dernières semaines en Tunisie ont lourdement pénalisé plusieurs filières de l’agroalimentaire.
À El Fahs, à une soixantaine de kilomètres de Tunis, près de 90% des volailles d’une exploitation avicole ont péri après l’interruption des systèmes de ventilation et d’approvisionnement en eau. Le vétérinaire Hamza Bouchrit évalue les pertes entre 1,4 et 1,5 million de dinars tunisiens, soit environ 445.000 euros, représentant entre 400 et 500 tonnes de viande.
Le groupe électrogène de l’exploitation, conçu pour assurer un dépannage de deux à trois heures, n’a pas résisté à la durée de la coupure. «Comme la coupure a duré davantage, il a surchauffé et n’était plus fonctionnel. Et il y a eu la catastrophe», a expliqué le vétérinaire.
Dans une exploitation laitière voisine, Aziz Bouhejba, éleveur d’une cinquantaine de vaches Holstein, affirme avoir jeté six jours de traite, soit environ 1.200 litres de lait. «Ce sont des pertes sèches que l’on a du mal à récupérer», a-t-il déclaré, dénonçant des interruptions longues et insuffisamment planifiées. La Confédération des entreprises citoyennes de Tunisie (Conect) a également critiqué l’absence de visibilité offerte aux entreprises.
La pâtisserie a été particulièrement touchée en pleine saison des mariages et des fêtes. Samia Diab, présidente de la Chambre de la pâtisserie, a fermé son atelier d’El Menzah, à Tunis, après la destruction d’importantes quantités de pâte à base de fruits secs et la panne du moteur de sa chambre froide. Certains professionnels ayant contracté des prêts pour préparer la saison estivale se retrouveraient désormais menacés de ruine, selon elle.
Les coupures ont aussi perturbé les cafés, restaurants, supermarchés et poissonneries. La hausse du prix de la glace nécessaire à la conservation des produits de la mer s’est répercutée sur les marchés. «Le prix du maquereau, par exemple, a doublé», a indiqué Mohamed Saddam, président de la Chambre des poissonniers.
La Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg) assure que ces délestages étaient indispensables pour éviter un effondrement généralisé du réseau, confronté à une forte demande liée aux températures élevées et à l’utilisation accrue de la climatisation. Face à la colère suscitée par les coupures d’électricité et d’eau, le Parlement a consacré lundi une séance plénière à la crise, marquée par les critiques de plusieurs députés contre l’absence de représentants du gouvernement.
MK/Sf/APA







