Le CMA CGM Christophe Colomb, l’un des plus grands porte-conteneurs au monde avec 13 800 EVP, a choisi le Port autonome d’Abidjan pour sa première escale régionale, marquant une avancée stratégique pour la Côte d’Ivoire.
Le Port autonome d’Abidjan franchit un cap symbolique et stratégique. Le CMA CGM Christophe Colomb, long de 366 mètres, 51 m de largeur, et une capacité de 13 800 EVP (équivalents vingt pieds), a choisi Abidjan comme première escale régionale dans le cadre du service direct WAX 1 (West Africa Express).
Cet événement confirme la montée en puissance du Port d’Abidjan, repositionne durablement la Côte d’Ivoire au cœur des flux commerciaux entre l’Asie et l’Afrique subsaharienne. Ce navire qui a accosté à Abidjan, le 29 mai 2026, transportait l’équivalent de 13 800 camions de marchandises.
Pour les professionnels de la logistique, c’est le tirant d’eau de 15 mètres, la profondeur d’enfoncement de la coque dans l’eau, qui retient l’attention. Le navire est arrivé à pleine charge, signe que les volumes commerciaux entre l’Asie et la sous-région ouest-africaine ont atteint un seuil critique, justifiant des escales directes sans transbordement intermédiaire.
Le capitaine du navire, Antonel Mardunovic, explique que « cette ligne relie les marchés d’Extrême-Orient à ceux d’Afrique de l’Ouest et, d’après notre expérience lors de nos derniers voyages ici à Abidjan, il s’agit d’un marché en pleine croissance, car nous transportons beaucoup de marchandises ; nous sommes venus avec un tirant d’eau maximal, ce qui est bénéfique pour tous. »
Après Abidjan, le navire poursuit sa route vers Lekki au Nigéria puis Kribi au Cameroun. Le fait qu’Abidjan soit la première escale de cet itinéraire régional n’est pas anodin : c’est une reconnaissance explicite de sa maturité infrastructurelle et commerciale.
La ligne WAX 1 relie directement les terminaux d’Extrême-Orient à la Côte d’Ivoire sans escale intermédiaire. Le délai de transit depuis Colombo, au Sri Lanka, dernier port asiatique avant l’Afrique, tombe désormais à 17 jours, contre plus de 26 jours sur les lignes avec transbordement. Ce raccourcissement de plus de neuf jours transforme radicalement l’équation économique du commerce maritime régional.
Alae Rahmoune, directeur général du cluster Côte d’Ivoire et Burkina Faso chez CMA CGM, en précise les retombées concrètes.
« Grâce à la liaison directe mise en place aujourd’hui, entre l’Asie et Abidjan, nous bénéficions d’un gain considérable en termes de temps de transit », a-t-il dit. Ajoutant : « cela confère à nos opérateurs une compétitivité logistique accrue pour mieux optimiser leurs stocks et accélérer les échanges. »
Pour les entreprises importatrices, ce gain se mesure en coûts de stockage réduits, en stocks moins immobilisés en transit et en une capacité à répondre plus rapidement aux variations de la demande. Dans un secteur où le temps passé en mer pèse directement sur la trésorerie. De ce fait, l’impact est immédiat et structurant.
La Chine étant le premier partenaire commercial de la Côte d’Ivoire, un approvisionnement plus rapide et plus fiable en équipements industriels, produits électroniques et biens de consommation courante réduit les risques de rupture de stock, stabilise les prix et améliore la compétitivité des opérateurs locaux.
Dans l’autre sens, le cacao, l’anacarde, l’hévéa et le coton, les quatre piliers de l’agriculture d’exportation ivoirienne bénéficient d’une mise sur le marché asiatique nettement accélérée. Des matières premières dont la valorisation est sensible aux délais de livraison, ce qui est un avantage compétitif direct face aux origines concurrentes.
La rencontre entre le Président de la République Alassane Ouattara et Rodolphe Saadé, PDG du groupe CMA CGM, a posé les bases d’un partenariat dont l’escale inaugurale du WAX 1 est la première matérialisation tangible. La volonté affichée lors de cette audience : consolider le statut d’Abidjan comme hub logistique névralgique de l’Afrique de l’Ouest.
Cette convergence d’intérêts s’est déjà traduite en actes concrets. Dès le mois d’avril 2026, CMA CGM a procédé à la relocalisation stratégique de son siège régional Afrique à Abidjan, sur les bords de la lagune Ébrié signal fort envoyé à l’ensemble de l’écosystème maritime mondial.
Au-delà de la Côte d’Ivoire, c’est toute une région qui bénéficie de ce positionnement. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger, trois pays sans façade maritime dépendent des corridors ivoiriens pour l’essentiel de leurs approvisionnements extérieurs.
En sécurisant une ligne maritime directe depuis l’Asie, Abidjan garantit à ces pays des délais de livraison raccourcis pour les biens essentiels, une chaîne d’approvisionnement plus résiliente et moins exposée aux aléas des transbordements, ainsi que des coûts logistiques potentiellement réduits sur l’ensemble du corridor.
AP/Sf/APA







