L’Afrique du Sud fait face à une recrudescence marquée des violences xénophobes, allant d’intrusions dans des établissements scolaires à des attaques ciblées meurtrières, ravivant les inquiétudes d’une possible instrumentalisation du sentiment anti-migrants à l’approche des élections municipales prévues en novembre 2026.
Longtemps perçus comme des épisodes isolés, les violences anti-migrants en Afrique du Sud semblent désormais s’inscrire dans une dynamique plus large d’intimidations ciblées. Diplomates, organisations de la société civile et responsables régionaux s’interrogent de plus en plus sur l’usage politique potentiel de ces tensions.
Les foyers récents de violence ont notamment été signalés à Pretoria et Johannesburg. Dans ces zones, des migrants africains ont été invités à rester confinés chez eux, en raison de la montée de manifestations hostiles à l’immigration.
Mardi, plusieurs centaines de personnes ont défilé dans les rues de Prétoria à l’appel du mouvement March and March, marchant vers les Union Buildings, siège du gouvernement.
Dans ce contexte, la Haute commission du Ghana a recommandé à ses ressortissants de fermer temporairement leurs commerces, tandis que des représentants de la communauté nigériane ont appelé leurs membres à limiter leurs déplacements.
Ces mobilisations, officiellement présentées comme des protestations contre « l’immigration illégale », servent de plus en plus de tribune à des groupes tels qu’Operation Dudula, dont les actions jugées agressives suscitent de vives préoccupations.
Cette montée des tensions intervient alors que le discours anti-migrants gagne en visibilité dans le débat public, sur fond de chômage élevé et de fortes frustrations sociales. Les étrangers, notamment originaires du Zimbabwe, du Mozambique ou du Lesotho, sont régulièrement désignés comme boucs émissaires.
Pour plusieurs analystes, le calendrier est révélateur : à l’approche des élections de 2026, certains acteurs politiques exploiteraient ces tensions pour mobiliser l’électorat, dans une logique déjà observée lors de précédents scrutins.
Les violences prennent par ailleurs des formes de plus en plus inquiétantes. Des écoles, autrefois considérées comme des espaces protégés, deviennent parfois des lieux de confrontation. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des membres d’Operation Dudula entrant dans des salles de classe pour en expulser des enfants de migrants, provoquant des scènes de panique.
Dans une séquence particulièrement choquante, une mère tente de rassurer son enfant en pleurs tandis que des détonations se font entendre à proximité, illustrant l’impact direct de ces tensions sur la vie quotidienne.
Ailleurs, les violences apparaissent plus ciblées. À Johannesburg, un ressortissant éthiopien a récemment été abattu à bout portant dans ce que la police qualifie d’assassinat ciblé. Les images de vidéosurveillance montrent l’auteur s’approcher calmement, tirer, puis quitter les lieux sans chercher à voler quoi que ce soit.
Quelques jours plus tard, un commerçant nigérian a été pris à partie par une foule et sommé de quitter les lieux, malgré ses explications sur son installation de longue date dans le pays.
Les autorités policières ont condamné ces actes, les jugeant contraires à la loi et aux principes constitutionnels. Toutefois, plusieurs observateurs dénoncent une réponse insuffisante et principalement réactive.
Ce type de violences s’inscrit dans une histoire déjà marquée par plusieurs vagues xénophobes en 2008, 2015 et 2019. Les attaques de 2008 avaient causé plus de 60 morts, tandis que celles de 2019 avaient fait au moins 18 victimes, selon Human Rights Watch. Chaque cycle suit des dynamiques similaires mêlant tensions économiques, rivalités politiques et stigmatisation des étrangers.
Face à cette situation, plusieurs pays de la région expriment leur inquiétude. Le Ghana a convoqué l’ambassadeur sud-africain après les récents incidents, tandis que le parti Renamo au Mozambique appelle à des consultations urgentes avec Pretoria.
L’Angola, de son côté, a recommandé à ses ressortissants d’éviter tout déplacement non essentiel.
Dans une lettre ouverte adressée à la SADC et à l’Union africaine, l’écrivain zimbabwéen Jacob Kudzayi Mutisi estime que « le silence équivaut à une forme de complicité », rappelant la solidarité régionale durant la lutte contre l’apartheid.
Le président Cyril Ramaphosa a régulièrement condamné la xénophobie et rappelé le soutien historique des pays voisins. Mais ses appels au calme peinent à endiguer les violences et à répondre aux causes structurelles du phénomène.
Avec la montée en visibilité de groupes comme Operation Dudula et la banalisation du discours anti-migrants, les inquiétudes grandissent quant à une possible aggravation de la situation dans les mois à venir.
À l’approche des élections de 2026, une question demeure centrale : ces tensions sont-elles simplement sociales, ou volontairement attisées à des fins politiques ?
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