Réuni le 2 avril 2026 à la Primature, le gouvernement du Mali a défini les grandes orientations de la campagne agricole 2026, affichant des objectifs de production en nette hausse. Dans un contexte marqué par l’insécurité persistante et les aléas climatiques, cette campagne est présentée comme un levier stratégique pour renforcer la souveraineté alimentaire et soutenir la stabilité économique.
À l’issue de la 16e session du Comité exécutif national de l’agriculture, présidée par le Premier ministre malien, les autorités ont fixé un objectif de 11,92 millions de tonnes de céréales, contre 11,45 millions lors de la campagne précédente. La filière coton, pilier des exportations maliennes, devrait également connaître un rebond significatif, avec une cible de 598 500 tonnes, en forte progression par rapport aux 433 700 tonnes enregistrées en 2025.
Pour accompagner ces ambitions, l’État prévoit une enveloppe de 164,4 milliards de FCFA, en hausse de 2 %. Ces ressources doivent soutenir des axes prioritaires tels que la maîtrise de l’eau, la mécanisation agricole, la sécurisation foncière, l’accès au financement et la transformation locale des produits. Derrière ces investissements, le gouvernement entend faire de l’agriculture un moteur durable de croissance et un socle de souveraineté nationale.
Les performances de la campagne écoulée illustrent déjà le rôle central du secteur primaire dans l’économie malienne. Outre les productions céréalières et cotonnières, le bilan 2025 fait état de 157 775 tonnes de viande contrôlée et de 122 671 tonnes de poisson. L’agriculture, l’élevage et la pêche continuent ainsi de mobiliser une large part de la population active et de constituer une source essentielle de revenus pour les ménages ruraux.
Toutefois, les perspectives restent soumises à de fortes incertitudes. La progression récente de la production céréalière — estimée à environ 3,6 % — repose principalement sur le dynamisme du riz et du maïs, tandis que le mil et le sorgho demeurent essentiels pour l’alimentation dans les zones rurales. Mais ces performances restent dépendantes de facteurs structurels tels que la pluviométrie, la disponibilité des intrants agricoles et la fluidité des circuits de distribution.
La contrainte sécuritaire pèse également lourdement sur les ambitions affichées. Dans plusieurs régions du centre et du nord, l’accès aux terres agricoles, aux marchés et aux axes de transport demeure perturbé par l’instabilité, limitant les capacités de production et de commercialisation. Cette situation fragilise les rendements et accentue la vulnérabilité des populations.
Conscientes de ces défis, les autorités ont maintenu un dispositif d’urgence comprenant un stock de 20 000 tonnes de céréales, destiné à venir en aide à plus de 1,5 million de personnes en situation d’insécurité alimentaire.
Au-delà des objectifs chiffrés, la campagne agricole 2026 apparaît ainsi comme un véritable test pour la capacité du Mali à garantir son approvisionnement intérieur, stabiliser les prix et préserver le pouvoir d’achat des populations. Dans un contexte où les enjeux alimentaires sont étroitement liés aux équilibres sociaux et politiques, les résultats de cette saison seront déterminants bien au-delà du seul secteur agricole.
MD/te/Sf/APA







