La centrale syndicale tunisienne se dote d’une nouvelle direction dans un contexte de divisions internes et de relations tendues avec le pouvoir.
La puissante Union générale tunisienne du travail (UGTT) a annoncé, samedi 28 mars, la désignation de Slaheddine Selmi comme nouveau secrétaire général, à l’issue de son congrès tenu du 25 au 27 mars à Monastir. Ancien secrétaire général adjoint, il succède à Noureddine Tabboubi, en poste depuis 2017, dans un climat marqué par des dissensions internes et une pression politique accrue.
Cette nomination intervient alors que l’organisation syndicale traverse une phase de fragilisation inédite. Une partie de ses membres contestait ouvertement la gouvernance de M. Tabboubi, critiquant notamment un manque de transparence. Les tensions avaient culminé en décembre avec l’annonce de sa démission, finalement retirée quelques semaines plus tard, avant que des protestations n’émergent à l’ouverture même du congrès.
Le nouveau dirigeant hérite ainsi d’une centrale historiquement influente, mais aujourd’hui confrontée à des défis multiples. Co-lauréate du prix Nobel de la paix en 2015 pour son rôle dans la transition démocratique post-2011, l’UGTT voit son image et sa cohésion interne mises à l’épreuve. M. Tabboubi lui-même avait reconnu récemment que l’organisation avait « attrapé la grippe », tout en affirmant sa capacité à rester solide.
Ces tensions internes s’inscrivent dans un environnement politique plus large, caractérisé par des relations de plus en plus tendues avec le président Kaïs Saïed. Celui-ci, qui avait initialement bénéficié d’un soutien conditionnel du syndicat en 2021, a depuis pris ses distances, allant jusqu’à soutenir publiquement des manifestants appelant au départ de la direction de l’UGTT.
La pression s’exerce également sur le plan financier. Début mars, la centrale a dénoncé une décision gouvernementale remettant en cause le mécanisme de prélèvement automatique des cotisations syndicales sur les salaires, perçu comme un pilier de son financement. Cette évolution alimente les inquiétudes quant à la capacité de l’organisation à maintenir son influence dans le débat social.
Fondée en 1946, l’UGTT a longtemps constitué un acteur clé des luttes politiques et sociales en Tunisie, jouant un rôle majeur aussi bien dans la période coloniale que lors de la chute du régime de Zine El Abidine Ben Ali en 2011. La transition actuelle ouvre une séquence incertaine pour cette institution, dont le poids dépendra désormais de sa capacité à restaurer son unité et à redéfinir sa place dans un paysage politique en recomposition.
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