Le président Abdelmadjid Tebboune a ordonné d’« accélérer la cadence » des travaux de la ligne ferroviaire minière reliant Bled El Hadba au port d’Annaba, un projet stratégique pour l’exportation de phosphate présenté comme structurant, mais dont les délais et la rentabilité restent sous surveillance.
Réuni lundi en Conseil des ministres, le chef de l’État algérien a enjoint au gouvernement de hâter la réalisation de cette infrastructure ferroviaire reliant Bled El Hadba au port d’Annaba qualifiée de « projet stratégique », selon le communiqué officiel. Il a demandé au ministre concerné d’assurer un suivi rapproché sur le terrain et de lever « tous les obstacles » entravant l’avancement du chantier. La ligne, approuvée en mai 2023, relie Annaba à Bled El Hadba via Bouchegouf, Guelma, Tébessa et Djebel El Onk, cœur du gisement phosphatier de l’Est algérien.
Le projet s’inscrit dans le cadre du Projet phosphate intégré (PPI), destiné à développer l’exploitation et la transformation chimique du phosphate. Les autorités avancent une capacité de production annuelle de 5,4 millions de tonnes d’engrais, avec plus de 6 millions de tonnes de produits phosphatés au total, et la création annoncée de 6 000 emplois directs et 24 000 indirects. Le phosphate extrait devrait être acheminé vers le quai minier du port d’Annaba à partir de la fin 2026 ou du premier semestre 2027, selon les déclarations présidentielles.
Sur le plan logistique, le chef de l’État a précisé que sur un tracé global de 450 kilomètres, il resterait entre 150 et 175 kilomètres à finaliser dans un délai d’un an ou un peu plus. Une séance de travail consacrée au suivi du projet s’est tenue le 19 février sous la présidence du ministre des Travaux publics, portant notamment sur le tronçon Bouchgouf–Dréan, long de 121 kilomètres. L’exécutif met en avant la mobilisation des capacités nationales pour respecter les échéances affichées.
Au-delà des annonces, ce projet cristallise les enjeux de diversification économique d’un pays encore fortement dépendant des hydrocarbures. Le phosphate et ses dérivés sont présentés comme un relais stratégique à l’export, dans un contexte de concurrence accrue sur le marché mondial des engrais et de volatilité des prix. Si l’Algérie dispose de réserves importantes, la transformation industrielle, la compétitivité logistique et la maîtrise des coûts demeurent des paramètres déterminants pour concrétiser les ambitions affichées.
L’insistance présidentielle sur l’« accélération » des travaux traduit une volonté politique de respecter les calendriers. Reste que la multiplication des injonctions à lever les obstacles souligne également les lenteurs administratives et techniques qui jalonnent régulièrement les grands projets d’infrastructures. Pour Alger, l’enjeu dépasse la seule mise en service d’une ligne ferroviaire: il s’agit de crédibiliser une stratégie industrielle appelée à soutenir la transition vers une économie moins tributaire de la rente pétrolière.
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