La montée des tensions militaires et des discours incitant à la violence dans l’État de Jonglei fait craindre une reprise imminente d’atrocités de masse contre les civils sud-soudanais, préviennent la MINUSS et des experts indépendants de l’Onu.
La Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS, sigle anglais) et des experts indépendants de l’Onu ont lancé une alerte urgente sur le risque de violences massives contre les civils dans l’État de Jonglei, où la montée des tensions militaires et des discours haineux fait craindre une nouvelle flambée de violences à grande échelle.
Depuis fin décembre, cette région est le théâtre d’affrontements entre l’armée sud-soudanaise et des forces loyales à l’ancien vice-président Riek Machar, arrêté fin mars et inculpé en septembre pour crimes contre l’humanité.
Selon la Commission des Nations Unies sur les droits de l’homme au Soudan du Sud, les propos incendiaires de hauts responsables militaires, combinés à une mobilisation accrue des troupes, augmentent considérablement le risque d’attaques contre les civils et menacent l’accord de paix ayant mis fin à la guerre civile de 2013-2018.
« Les appels au meurtre de civils, y compris de personnes âgées et de personnes ne participant plus aux hostilités, avec l’idée que personne ne doit être épargné, sont non seulement choquants mais extrêmement dangereux », a averti la Commission.
« Par le passé, une telle rhétorique a précédé des atrocités de masse au Soudan du Sud », a rappelé Yasmin Sooka, présidente de la Commission, soulignant qu’aucun responsable politique ou militaire à Juba ne peut ignorer les incitations publiques flagrantes à commettre des crimes graves dans l’État de Jonglei.
Les experts estiment que le fait que ces discours soient tenus ou tolérés par des responsables occupant des postes de commandement revient à autoriser la violence, à un moment où les civils sont déjà déplacés, traumatisés et particulièrement vulnérables.
Sans intervention immédiate au plus haut niveau pour contenir les forces, désamorcer les tensions et réaffirmer l’engagement en faveur du processus politique, le pays risque de « sombrer rapidement dans une nouvelle phase de violences généralisées », ont-ils prévenu.
« La mobilisation des forces associée à des messages à caractère ethnique pourrait déclencher une spirale de représailles incontrôlable », a averti l’expert Barney Afako, appelant à une désescalade immédiate.
Les experts indépendants de l’Onu ont exhorté toutes les parties à cesser immédiatement les discours incendiaires, tandis qu’ils ont appelé le président Salva Kiir à rejeter publiquement toute mobilisation ethnique et tout appel à la violence exterminatrice.
De son côté, la MINUSS a dénoncé des discours incitant à des violences aveugles contre les civils à Jonglei, où plus de 180 000 personnes auraient récemment été déplacées. Elle avertit que les communautés locales subissent déjà de lourdes conséquences humanitaires liées à l’escalade du conflit.
ARD/ac/Sf/APA







