Annoncé comme un tournant historique vers la souveraineté énergétique, le « Projet du Siècle » algérien soulève autant d’espoirs que d’interrogations sur sa faisabilité, son calendrier et ses impacts réels.
L’Algérie a officiellement donné le coup d’envoi de la première phase de son ambitieux programme national de production d’électricité à partir d’énergies renouvelables, baptisé « Projet du Siècle ». Le ministre de l’Énergie et des Énergies renouvelables, Mourad Adjal, a annoncé que cette tranche initiale, d’une capacité de 1 100 mégawatts (MW), devrait entrer en service avant le 30 juin 2026, selon un calendrier présenté comme prioritaire par les autorités. Cette première étape s’inscrit dans un palier intermédiaire de 3 200 MW, répartis sur plusieurs sites à l’échelle nationale.
Présenté comme le socle de la future autonomie énergétique du pays, le programme vise à terme une capacité installée de 15 000 MW d’électricité verte, principalement issue du solaire, complétée par l’éolien et l’hydraulique. Le ministère affirme que cette transition permettra à la fois de sécuriser l’approvisionnement intérieur, de réduire la dépendance aux hydrocarbures pour la production électrique et de dégager, à moyen terme, des excédents destinés à l’exportation vers les pays voisins. Aucune donnée chiffrée n’a toutefois été communiquée sur les volumes exportables ni sur les marchés ciblés.
Dans le détail, Mourad Adjal a souligné que ce basculement énergétique constitue un « choix stratégique irréversible », tout en insistant sur la nécessité d’accélérer l’exécution des projets.
Le ministre a rappelé l’obligation de respecter strictement les délais et les normes techniques, dans un contexte marqué par des précédents retards sur de grands projets d’infrastructures énergétiques. Il a également mis en avant le recours prioritaire à la main-d’œuvre locale, sans préciser la part réelle de l’intégration industrielle nationale dans les équipements et technologies mobilisés.
En marge de ces annonces, le ministre a lancé à Tipaza les travaux d’un poste de transformation électrique 220/60 kV dans la commune de Sidi Ghiles. Cette infrastructure, dont la mise en service est prévue à l’horizon 2028, est censée couvrir les besoins de la wilaya pour les cinq prochaines années et accompagner le développement des zones industrielles et agricoles. Un poste mobile de transformation 30/60 kV sera par ailleurs déployé pour faire face aux pics de consommation estivaux, signe de la tension persistante sur le réseau.
Si la stratégie officielle mise sur un mix énergétique diversifié et sur des études prospectives concernant l’hydrogène vert, plusieurs zones d’ombre demeurent. Les modalités de financement, le coût global du programme, la capacité du réseau à absorber une production intermittente massive et la gouvernance opérationnelle du projet n’ont pas été détaillés. Autant de paramètres clés qui conditionneront la crédibilité de ce « projet du siècle », au-delà de l’effet d’annonce.
MK/Sf/APA







