L’économie tunisienne reste freinée par une fiscalité paradoxale, une administration lourde et un manque de stabilité réglementaire, autant de facteurs qui compromettent l’émergence d’une véritable industrie nationale.
La réunion conjointe des Commissions des finances et du budget de l’Assemblée des représentants du peuple et du Conseil national des régions et des districts, consacrée au projet de loi de finances 2026, a mis en évidence un paradoxe au cœur de la politique industrielle tunisienne. Alors que les autorités affirment vouloir renforcer la souveraineté productive du pays, le cadre fiscal en vigueur continue de décourager l’industrie automobile locale au profit des véhicules importés.
Selon les industriels du secteur, les voitures assemblées ou fabriquées en Tunisie restent soumises à la fois aux droits de douane et aux droits de consommation, tandis que les véhicules importés par les concessionnaires échappent aux droits de douane et ne supportent que les droits de consommation calculés sur le prix d’entrée au port. Un système qui place les fabricants locaux en situation de désavantage structurel dans un marché déjà étroit et fragilisé par l’inflation.
Les représentants des entreprises ont demandé l’exonération totale des composants automobiles destinés à la production locale, que ce soit des droits de douane ou des droits de consommation, ainsi qu’une réduction du taux de TVA à 7 %. Une revendication qui n’est pas nouvelle : depuis près d’une décennie, les industriels dénoncent la persistance d’une fiscalité pensée pour alimenter les recettes budgétaires de court terme plutôt que pour construire une filière compétitive.
Le contraste est d’autant plus marqué que la Tunisie ambitionne officiellement d’accroître son taux d’intégration industrielle et d’attirer de nouveaux investisseurs. Pourtant, le système fiscal actuel revient à taxer la production nationale plus lourdement que les importations, une anomalie rare dans les pays cherchant à bâtir une industrie automobile.
Lors de la réunion du 14 novembre 2025, plusieurs élus ont affirmé que « le renforcement de l’autonomie nationale passe par le soutien à l’industrie tunisienne ».
Mais ces déclarations se heurtent à la réalité des chiffres : capacité d’emploi stagnante, volume de production limité, chiffre d’affaires sous pression et taux d’intégration encore faible.
Le secteur des composants automobiles, longtemps présenté comme une filière d’avenir, se trouve aujourd’hui confronté à une équation simple : produire en Tunisie coûte plus cher que d’importer, malgré une main-d’œuvre compétitive et une position géographique stratégique.
Sans réforme fiscale cohérente, les acteurs préviennent que l’industrie automobile tunisienne risque de se limiter à des activités d’assemblage ou de sous-traitance à faible valeur ajoutée, au moment même où d’autres pays méditerranéens — notamment le Maroc — consolident des chaînes de valeur complètes intégrant composants, assemblage, R&D et exportation vers l’Europe.
La Tunisie, elle, reste freinée par une fiscalité paradoxale, une administration lourde et un manque de stabilité réglementaire, autant de facteurs qui compromettent l’émergence d’une véritable industrie nationale.
MK/ac/Sf/APA





