En réunion jeudi au palais de Carthage avec le ministre de l’Intérieur, Khaled Nouri, et la ministre des Finances, Michket Slama Khaldi, le chef de l’État a exigé la levée des obstacles entravant les agriculteurs. Selon un communiqué de la présidence, Kais Saïed a dénoncé la multiplication de « procédures dépourvues de base légale » imposées par des circulaires administratives, allant jusqu’à exiger des documents vieux de dix ans ou des paiements de taxes sans fondement juridique. Pour le président, ces pratiques « étouffent les petits producteurs » et entretiennent un climat de méfiance vis-à-vis de l’administration.
Dans un ton volontiers accusateur, Saïed a ciblé ce qu’il appelle les « poches de la contre-révolution » et les « lobbies » qui chercheraient à « saper la confiance » entre l’État et ses citoyens. Il a appelé les autorités à tous les niveaux à « assumer pleinement leurs responsabilités » et à protéger les agriculteurs contre « les spéculateurs et les accapareurs ».
Une rhétorique récurrente du président qui continue de désigner des ennemis internes pour justifier son contrôle renforcé sur les institutions.
Le chef de l’État tunisien a également dénoncé « certaines voix mercenaires » accusées de manipuler l’opinion publique sous couvert d’obéissance administrative. Selon lui, la politique du gouvernement vise au contraire à « accompagner les petits agriculteurs à toutes les étapes de la production, du stockage et de la vente ». Il a réaffirmé que « la Tunisie demeure un État de droit » et que des mesures immédiates seraient prises pour « mettre fin à ces dépassements ».
Cependant, derrière ce discours volontariste, peu d’observateurs voient poindre une véritable réforme structurelle. Depuis la concentration de tous les pouvoirs entre ses mains en 2021, Kais Saïed multiplie les annonces sans que le secteur agricole, pilier de l’économie tunisienne, ne bénéficie de programmes tangibles d’investissement ou de modernisation. L’appel au « rétablissement de la confiance » masque mal le désengagement de l’État et la précarité croissante des exploitants.
En clôturant son discours sur la poursuite d’une « guerre de libération sur tous les fronts », Saïed a réaffirmé sa vision quasi messianique du pouvoir, fondée sur la « pureté patriotique » et la lutte contre la corruption. Une posture qui séduit une partie de la population rurale, mais qui inquiète ses opposants, dénonçant un discours populiste détaché des réalités économiques.
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