Le Tchad a marqué lundi l’anniversaire de journées sanglantes marquées par la répression de manifestations contre la prolongation de la transition. Le parti Les Transformateurs a organisé une cérémonie en hommage aux victimes en présence de la présidente par intérim.
Le 20 octobre 2022 reste une date clé dans la mémoire collective tchadienne. Ce jour-là, plusieurs milliers de citoyens étaient descendus dans les rues de N’Djaména et d’autres villes pour contester le prolongement de deux années supplémentaires de la transition décidé lors du Dialogue national inclusif, contre les promesses initiales du maréchal (à l’époque général) Mahamat Idriss Déby Itno d’un retour au pouvoir civil après 18 mois.
Les manifestations organisées par des partis d’opposition et des mouvements de la société civile avaient dégénéré en violences dès l’aube. Les forces de sécurité, gendarmerie, police et garde nationale, ont été déployées pour disperser les foules. Des civils armés ont également participé aux opérations. Plusieurs sièges de partis, notamment ceux de Saleh Kebzabo et Pahimi Padacké Albert, ont été saccagés et incendiés. Le gouvernement a qualifié les événements d’« insurrection armée », une version rejetée par les organisateurs.
Le bilan des victimes demeure controversé. Les organisateurs des manifestations évoquent plus de 300 morts, tandis que le gouvernement reconnaît 75 décès. La Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) a rapporté 128 décès, dont des membres des forces de sécurité, 12 disparus, 943 arrestations et 263 condamnations.
Après les événements, sept partis politiques ont été suspendus et plusieurs leaders de l’opposition se sont exilés. Un tournant intervient en novembre 2023 avec la signature de l’Accord de Kinshasa, permettant le retour des dirigeants exilés, l’adoption d’une loi d’amnistie et la libération des prisonniers politiques.
En août 2025, Dr Succès Masra, ancien Premier ministre de transition, a été condamné à 20 ans de prison ferme et à une amende d’un milliard de francs CFA. Il était poursuivi pour diffusion de messages xénophobes et racistes, association de malfaiteurs, incitation à la révolte et complicité d’assassinats.
Lundi, la cérémonie commémorative organisée au siège du parti Les Transformateurs a réuni des centaines de militants. La présidente par intérim, Claudia Hoinanty, a appelé à poursuivre les efforts engagés. « Au vu de tous les sacrifices, nous n’avons pas le droit d’abandonner cette lutte », a-t-elle déclaré. La question de l’indemnisation des familles des victimes reste en suspens.
CA/ac/Sf/APA







