Ancien ministre et médecin respecté, Riadh Mouakher sort blanchi après deux ans de détention injustifiée. Son calvaire révèle les dérives d’un appareil politico-judiciaire instrumentalisé et d’une société gagnée par la vindicte.
Acquitté par la Cour d’appel de Tunis après près de deux ans de détention, Riadh Mouakher, ancien ministre de l’Environnement et anesthésiste reconnu, incarne la dérive d’une justice qui, en Tunisie, n’a plus d’égard pour la présomption d’innocence. Son affaire, née d’une campagne numérique et d’accusations infondées, illustre les failles d’un État où la dénonciation précède l’enquête et où l’honneur des individus se détruit plus vite qu’il ne se répare.
Avant d’être pris dans la tourmente, Riadh Mouakher avait bâti une solide réputation dans le milieu médical, notamment à la clinique Avicenne. Son passage au ministère de l’Environnement sous Youssef Chahed avait été marqué par la création de la police environnementale et la lutte contre les sacs plastiques. Mais après le 25 juillet 2021, dans le sillage du coup de force institutionnel du président Kaïs Saïed, l’ancien ministre est brusquement assigné à résidence sans notification officielle, puis arrêté en mars 2023 sur la base d’un dossier vide.
Accusé de corruption dans un marché public lié à l’achat de véhicules pour la police environnementale, il sera condamné en première instance à trois ans de prison, sans preuve matérielle. Sa mise en cause reposait sur de simples rumeurs amplifiées par des pages Facebook proches du pouvoir.
Face à cette cabale numérique, Mouakher choisit le silence — ni déclarations publiques, ni plateaux télé, ni dénonciation du pouvoir. Ce mutisme lui a sans doute évité le sort d’autres figures politiques emprisonnées pour leurs prises de position médiatiques. En février 2025, la Cour d’appel ordonne sa libération provisoire, puis son acquittement total en octobre 2025, reconnaissant l’absence de toute infraction.
Mais cet acquittement tardif laisse un goût amer : ni excuses publiques, ni réparation, ni sanction pour ceux qui ont orchestré sa mise en accusation. Le contraste entre les jugements de première instance et d’appel souligne les contradictions d’un système où les décisions semblent plus politiques que juridiques.
MK/Sf/APA






