À l’occasion de 46ᵉ Moussem Culturel International, la cité atlantique d’Assilah vit au rythme des créations d’artistes venus du Maroc, d’Afrique et d’Europe pour un rendez-vous artistique et intellectuel majeur.
Dans le Palais de la Culture d’Assilah (ancien Palais Rissouni), une effervescence créative règne ce dimanche. Entre discussions passionnées sur les techniques picturales et concentration sur des tableaux en train de naître, les artistes s’immergent dans leur création. Les ateliers vibrent sous le froissement des pinceaux et le cliquetis des outils de gravure, tandis que la presse, nationale et internationale, s’invite dans les allées pour capter l’instant, témoignant de l’importance mondiale du rendez-vous.
Cette atmosphère intense accompagne le troisième jour de la session d’automne du 46ᵉ Moussem Culturel International, ouvert vendredi 26 septembre par un hommage à Mohamed Benaïssa à la Bibliothèque Prince Bandar Ben Sultan. Près d’un demi-siècle après sa création, la manifestation confirme Assilah comme un carrefour artistique incontournable.
Une mosaïque créative et un processus sélectif
Les ateliers de peinture, gravure et lithographie installés au cœur de la médina accueillent 26 artistes venus du Maroc, de Tunisie, de Côte d’Ivoire, de Syrie, d’Espagne et du Portugal.
« Chaque année, des artistes de différents horizons se rencontrent. On est seulement au troisième jour, c’est le moment où les échanges commencent à se tisser », explique Abdelkader Melehi, peintre d’Assilah et responsable des ateliers.

Rim Ayari, artiste peintre franco-tunisienne installée à Paris, découvre pour la première fois le Moussem. Spécialisée dans la représentation du corps humain, elle explique sa méthode : « Je commence toujours par un fond coloré. Certains travaillent directement, mais pour moi ce fond guide le trait final au moment du séchage. »
Pour Mederic Tura, plasticien ivoirien basé entre Marrakech et Genève, le Moussem est « un passage obligatoire ». Polyvalent, il travaille la peinture, la sculpture, la céramique et l’installation, et développe une série sur les totems africains. « Le totem, ce n’est pas une idole, c’est un sage, un conseiller. En Afrique, c’est le dialogue et le conseil d’avenir. Or aujourd’hui, on en manque : tout est conflit, tout est physique », dit-il.
L’accès aux ateliers se fait sur sélection. « Les artistes doivent soumettre un dossier de motivation. Un comité artistique choisit selon la qualité et les places disponibles, que ce soit dans les ateliers ou pour l’hébergement », détaille Melehi. Les participants laissent une partie de leur travail à la Fondation, créant une collection permanente et témoignant de ces échanges interculturels.
L’esprit d’Assilah, entre liberté et hospitalité

Au-delà de la technique, c’est l’atmosphère de la ville qui marque les artistes. « Ici, il y a une liberté unique, de mouvement, d’expression, d’échange », confie Mederic Tura, protégeant sa toile des premières gouttes d’une fine pluie. Rim Ayari, elle, décrit Assilah comme « un bijou au bord de la mer, une ville simple et unique, faite pour les artistes ».
Depuis leurs premières éditions, les fondateurs Mohamed Benaïssa et Mohammed Melehi ont voulu « mettre l’art au service du citoyen ». Les fresques de la médina avaient pour ambition d’embellir, éveiller et éduquer, rappelle Abdelkader Melehi. Ajoutant : « L’art, c’est un mode de vie, une façon d’avancer collectivement, intellectuellement et visuellement. »
Le Moussem dépasse le cadre artistique pour devenir un modèle d’ouverture culturelle. « Les habitants ont rencontré des artistes, écrivains, poètes, cinéastes venus des cinq continents. Ils en sont fiers », souligne Melehi. Mederic Tura, qui prépare une exposition de soixante œuvres le 25 octobre à Marrakech, confirme cette dimension universelle : « J’ai vu un documentaire sur le fondateur (à la cérémonie d’ouverture), un homme exceptionnel. Il y a une histoire mondiale derrière Assilah, pas seulement africaine. »

Pour Abdelkader Melehi, l’essence du projet reste intacte : « Leur vision, c’était la culture au service du développement. Prolonger cette vision, c’est servir la ville et le pays, avec une portée éducative. L’art garde un rôle fondamental dans la vie humaine. »
La 46ᵉ édition du Moussem Culturel International d’Assilah, entre murs historiques et atelier en effervescence, perpétue ainsi un laboratoire vivant de dialogue interculturel par l’art.
AC/Sf/APA







