La rencontre entre le général Saïd Chanegriha et Dmitry Shugaev illustre la dépendance croissante d’Alger à l’égard de Moscou, dans un contexte international marqué par la guerre en Ukraine et les sanctions occidentales contre l’industrie d’armement russe.
Le chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP), le général Saïd Chanegriha, a reçu mardi à Alger le directeur du Service fédéral pour la coopération militaire et technique de la Fédération de Russie, Dmitry Shugaev. Présentée comme une étape supplémentaire dans le « renforcement des relations historiques ».
Le communiqué officiel du ministère de la Défense nationale décrit un échange « d’analyses et de points de vue » entre délégations, sans détailler la nature des accords ou des projets en discussion. Chanegriha a insisté sur la volonté de « diversifier les partenariats » et de « promouvoir le dialogue », mais la centralité accordée à la Russie confirme que Moscou demeure le fournisseur dominant de l’armée algérienne.
Depuis plusieurs décennies, l’ANP équipe la majorité de son arsenal auprès de l’industrie russe, des chasseurs Sukhoï aux systèmes de défense antiaérienne S-300 et S-400. Mais cette dépendance pose de plus en plus question : les difficultés logistiques et financières de l’industrie de défense russe, engagée à plein régime dans l’effort de guerre, suscitent des doutes sur la capacité de Moscou à honorer ses contrats et à assurer la maintenance des équipements déjà livrés.
Dans un contexte de tensions régionales, Alger continue pourtant d’afficher sa proximité stratégique avec la Russie, malgré les risques d’isolement diplomatique vis-à-vis de ses partenaires occidentaux. Alors que d’autres pays de la région, comme l’Égypte ou le Maroc, diversifient leurs fournisseurs vers les États-Unis, l’Europe ou la Chine, l’Algérie s’enferme dans une relation quasi exclusive avec Moscou.
La rhétorique officielle, qui présente cette coopération comme un modèle fondé sur « le respect du droit international » et « la promotion du développement durable », contraste avec la réalité : l’essentiel des échanges concerne la modernisation d’un appareil militaire surdimensionné par rapport à une économie nationale fragilisée.
La cérémonie d’échange de cadeaux symboliques, relatée par le ministère, apparaît comme un rituel diplomatique destiné à masquer la nature inégalitaire du partenariat. Derrière le vocabulaire de « solidarité » et d’« avenir commun », la rencontre confirme que l’Algérie reste arrimée à son allié russe, au prix d’une dépendance stratégique dont elle peine à s’émanciper.
MK/ac/Sf/APA






