Malgré le soutien déclaré d’Afreximbank, le projet de gazoduc transsaharien est régulièrement remis sur la table depuis son lancement officiel en 2009, sans jamais dépasser le stade de la déclaration politique.
La Banque africaine d’import-export (Afreximbank) s’est déclarée prête à soutenir financièrement plusieurs projets énergétiques portés par l’Algérie, dont le gazoduc transsaharien (TSGP) et les interconnexions électriques régionales. Une annonce solennelle, prononcée lors de la Foire commerciale interafricaine à Alger, qui soulève pourtant de fortes interrogations chez de nombreux observateurs.
Le projet de gazoduc transsaharien, long de 4 128 km, censé relier les champs gaziers nigérians au réseau algérien pour alimenter l’Europe, est régulièrement remis sur la table depuis son lancement officiel en 2009, sans jamais dépasser le stade de la déclaration politique. Malgré l’accord de principe signé en 2022 entre le Nigéria, le Niger et l’Algérie, aucun chantier concret n’a encore débuté.
Les obstacles sont nombreux : insécurité chronique au nord du Nigéria et au Sahel, risques terroristes sur l’axe Nigéria–Niger, différends géopolitiques entre partenaires, et coûts astronomiques du projet estimés à plus de 13 milliards d’euros. Plusieurs analystes estiment qu’Afreximbank, dont les ressources demeurent limitées face à l’ampleur du chantier, ne pourra pas, seule, combler le déficit financier colossal que représente cette infrastructure.
Outre le TSGP, Alger met également en avant l’interconnexion électrique régionale et la dorsale transsaharienne en fibre optique (DTS). Ces projets, qui visent à relier plusieurs pays du Sahel à travers l’énergie et le numérique, apparaissent comme des ambitions louables sur le papier. Toutefois, la fragilité institutionnelle des États impliqués (Mali, Niger, Tchad) et l’instabilité régionale rendent leur concrétisation hautement incertaine.
Même les infrastructures déjà en chantier, comme l’autoroute transsaharienne, accumulent retards et surcoûts. De nombreux experts redoutent que les projets énergétiques et numériques ne suivent la même trajectoire, celle d’annonces spectaculaires mais d’une réalisation constamment repoussée.
Si le président d’Afreximbank, Benedict Oramah, a salué le rôle de l’Algérie dans l’intégration africaine et promis d’« accompagner les projets énergétiques continentaux », les observateurs notent que l’annonce ressemble davantage à un geste diplomatique qu’à un engagement ferme. Dans un contexte où les marchés énergétiques mondiaux se réorganisent, les priorités financières de la banque panafricaine pourraient se tourner vers des projets jugés plus sûrs et plus rapides à rentabiliser.
Le scepticisme est d’autant plus fort que la conjoncture économique africaine reste marquée par un ralentissement de la croissance, un durcissement des conditions d’endettement et des tensions géopolitiques accrues au Sahel. Autant de facteurs qui laissent planer le doute sur la viabilité de ces mégaprojets.
En définitive, les promesses de financement d’Afreximbank pour les projets algériens ressemblent moins à une garantie financière qu’à une démonstration politique de solidarité africaine. Les difficultés économiques, les rivalités géopolitiques et la menace sécuritaire font douter de leur concrétisation.
MK/Sf/APA





