Selon un récent rapport de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), plus de 77 % des migrations en Afrique de l’Ouest et du Centre sont internes ou intrarégionales, soulignant l’importance des dynamiques locales face aux idées reçues sur la migration vers l’Occident.
La mobilité humaine en Afrique de l’Ouest et du Centre, historiquement marquée par des échanges culturels et économiques, connaît aujourd’hui des formes plus diversifiées, complexes et interconnectées. Qu’il s’agisse de transhumance, de migrations économiques, de déplacements liés aux aléas climatiques ou aux conflits, la région reste l’un des principaux foyers de circulation humaine sur le continent, loin des clichés médiatiques réducteurs.
Contrairement aux idées reçues, la majorité des migrations dans la région est interne et intra-régionale. Plus de 77 % des 11,3 millions de migrants vivant en Afrique de l’Ouest et du Centre sont originaires de cette même région. La Côte d’Ivoire, le Nigéria et le Tchad accueillent le plus grand nombre de migrants régionaux, tandis que le Burkina Faso, le Mali et le Nigéria sont principalement des pays d’émigration.
Ces dynamiques s’expliquent par des logiques historiques de proximité, d’échanges économiques et de réseaux communautaires. En 2024, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) note que la majorité des migrants sont de jeunes hommes sans emploi cherchant de meilleures opportunités. La mobilité féminine progresse également, représentant désormais 22 % des migrants, souvent pour des raisons liées au travail ou à la famille.
Le moteur principal reste économique : 72 % des personnes interrogées aux 26 points de suivi des flux déclarent se déplacer pour trouver un emploi dans des secteurs variés tels que l’agriculture, le commerce, l’artisanat, l’exploitation minière ou les services. La transhumance, une pratique ancestrale de mobilité pastorale, subit quant à elle des mutations dues à l’insécurité, aux changements climatiques et à l’urbanisation rapide. En 2024, plus de 5 000 alertes liées à des tensions ou conflits liés à la transhumance ont été enregistrées, appelant à repenser la gestion de ces déplacements.
Les zones frontalières, points clés de ces mobilités, sont à la fois des leviers économiques et des espaces vulnérables nécessitant une meilleure gouvernance.
Les déplacements internes liés aux conflits et catastrophes concernent plus de 8 millions de personnes à la fin 2024, en légère augmentation par rapport à 2023 (7,9 millions). Parallèlement, près de 50 000 migrants ont bénéficié de programmes de retour et de réintégration volontaires.
« La migration et la mobilité sont au cœur de l’histoire et de l’avenir de notre région », rappelle Sylvia Ekra, Directrice régionale de l’OIM pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre. Elle insiste sur la nécessité d’adopter une approche fondée sur les données et la réalité locale pour intégrer pleinement la migration dans les politiques nationales, régionales et continentales.
Des cadres juridiques existent, comme le Protocole de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) sur la libre circulation des personnes, la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) et le Pacte mondial pour les migrations (PMM), qui offrent une base pour faire de la mobilité un levier de paix et de développement. Ces instruments favorisent notamment l’investissement dans la jeunesse, moteur principal des flux migratoires, ainsi que le commerce transfrontalier et la cohésion sociale entre pays voisins.
Enfin, ils permettent d’inscrire la mobilité dans une perspective durable, en lien avec les stratégies d’adaptation au changement climatique, le développement territorial et la planification urbaine, afin d’anticiper et d’encadrer ces déplacements au service du bien commun.
AC/Sf/APA





