Depuis 2020, l’Algérie connaît un recul alarmant des libertés fondamentales. Le Matin d’Algérie tire la sonnette d’alarme face à une dérive autoritaire marquée par l’emprisonnement de plus de 250 détenus d’opinion et une instrumentalisation croissante de la justice pour faire taire toute voix dissidente.
Depuis avril 2020, l’Algérie vit sous une chape de plomb. Militants, journalistes, avocats, syndicalistes ou simples citoyens sont ciblés pour leurs opinions. Le climat répressif s’intensifie, remplaçant peu à peu l’État de droit par l’arbitraire. Selon Le Matin d’Algérie, toute expression critique est désormais perçue comme une menace, et sévèrement réprimée.
Cette répression s’appuie notamment sur un durcissement législatif. L’article 87 bis du Code pénal, censé lutter contre le terrorisme, est régulièrement détourné pour criminaliser des actions pacifiques : publications sur les réseaux sociaux, participation à des manifestations, ou simples critiques du pouvoir. Ce texte avait déjà servi de fondement pour poursuivre le militant amazigh Kamel Eddine Fekharæ, mort en détention en 2019. Plus récemment, Mohamed Tadjadit, surnommé « le poète du Hirak », a été incarcéré à plusieurs reprises pour ses poèmes jugés subversifs.
D’autres figures emblématiques de la société civile subissent également les foudres du pouvoir. L’avocat et militant des droits humains Abdelghani Badi se voit interdire de quitter le territoire. Le journaliste Ihsane El Kadi, directeur de Radio M et Maghreb Émergent, a été arrêté fin 2022 et condamné à cinq ans de prison pour « atteinte à la sécurité de l’État »– une accusation fréquemment utilisée pour faire taire les médias indépendants.
Le système répressif repose sur un climat de peur : arrestations arbitraires, surveillance constante, diffamation, détention provisoire prolongée, interdictions de voyage. En mars 2023, à Oran, la militante Djamila Loukil a été arrêtée pour avoir critiqué la gestion de la crise économique sur Facebook. À Tizi Ouzou, plusieurs étudiants ont été interpellés après une manifestation pacifique contre la fermeture d’un journal local.
Dans ce contexte, la société civile vit sous pression permanente. Les médias, qu’ils soient publics ou privés, se conforment à la ligne officielle du régime. Certaines chaînes comme Ennahar ou Echourouk participent activement à des campagnes de dénigrement contre les opposants, souvent présentés comme des « agents de l’étranger ».
Pour Le Matin d’Algérie, l’État de droit est désormais une illusion. Le tandem formé par le président Abdelmadjid Tebboune et le chef d’état-major Saïd Chanegriha incarne un pouvoir autoritaire qui piétine les droits fondamentaux et considère toute critique comme une trahison.
Les rassemblements pacifiques sont systématiquement interdits. En avril 2024, une manifestation en mémoire du Hirak à Béjaïa a été violemment dispersée. Le Comité national pour la libération des détenus (CNLD) recense des dizaines de cas de mineurs arrêtés, parfois simplement pour avoir arboré un drapeau amazigh.
Privée de contre-pouvoirs et soumise à une justice instrumentalisée, l’Algérie s’enfonce dans une spirale répressive inédite depuis la fin de la décennie noire. La promesse d’un renouveau démocratique, brandie lors de l’élection de Tebboune en 2019, semble aujourd’hui définitivement enterrée.
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