La diffusion d’une vidéo montrant l’agression d’une migrante subsaharienne enceinte a provoqué une vive émotion en Tunisie, relançant le débat sur les violences et les discours hostiles visant les ressortissants d’Afrique subsaharienne.
Partagée massivement sur les réseaux sociaux depuis le 3 juin, une video montre une famille migrante prise à partie par plusieurs individus dans une habitation située, selon des médias locaux, dans la région de Thyna, près de Sfax. Les images montrent notamment une femme enceinte agressée et menacée sous les yeux de son époux.
Face à l’ampleur des réactions suscitées par la vidéo, le ministère tunisien de l’Intérieur a annoncé, le 5 juin, l’interpellation des personnes impliquées. Dans un communiqué, les autorités ont précisé que l’enquête avait été ouverte de leur propre initiative, sans dépôt préalable de plainte.
Selon le ministère, les investigations ont établi que les faits remontent à environ cinq ans et que la vidéo a récemment été remise en circulation à partir de plusieurs pays, contribuant à sa large diffusion sur les plateformes numériques.
L’affaire a ravivé les préoccupations exprimées depuis plusieurs années par les organisations de défense des droits humains et les acteurs de la société civile concernant la situation des migrants subsahariens en Tunisie. Si de nombreux internautes ont dénoncé les violences montrées dans la vidéo, plusieurs publications à caractère discriminatoire ou hostile aux migrants ont également été relevées sur les réseaux sociaux.
Cette polémique intervient dans un contexte marqué par des tensions récurrentes autour de la question migratoire. En février 2023, les déclarations du président Kaïs Saïed sur l’immigration irrégulière avaient suscité de vives réactions en Tunisie et à l’international, plusieurs organisations alertant alors sur une recrudescence des actes de discrimination à l’encontre des ressortissants d’Afrique subsaharienne.
Le débat a de nouveau été ravivé en avril 2026 à la suite de propos controversés tenus par le député Tarak Mahdi lors d’une séance parlementaire consacrée aux questions migratoires. Ses déclarations avaient été largement condamnées par des associations, des responsables politiques et des organisations de défense des droits humains.
Dans un communiqué commun relayé par RFI, plusieurs organisations tunisiennes ont dénoncé avec fermeté les violences révélées par la vidéo et appelé à des enquêtes approfondies. Elles réclament des sanctions à l’encontre des auteurs ainsi que des mesures renforcées pour lutter contre le racisme, la xénophobie et les discours de haine.
Selon l’Institut européen de la Méditerranée (IEMed), qui s’appuie sur des données d’organisations non gouvernementales, la Tunisie compterait entre 20 000 et 25 000 migrants originaires d’Afrique subsaharienne.
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