Une commission d’enquête des Nations Unies a alerté lundi sur une situation des droits humains « d’une gravité exceptionnelle » dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, où les civils sont confrontés à des allégations de violences sexuelles, d’exécutions illégales et d’autres violations graves.
Dans un communiqué publié à l’occasion de la présentation de son premier rapport d’étape devant le Conseil des droits de l’homme à Genève, la Commission d’enquête indépendante des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) souligne que la dégradation continue de la situation sécuritaire expose les populations civiles à une vulnérabilité accrue, sur fond de déplacements massifs, d’affaiblissement des institutions publiques et de conflit régional complexe.
« Les informations portées à notre connaissance décrivent une situation d’une gravité exceptionnelle », a déclaré le président de la commission, Arnauld Akodjenou. Il a indiqué que les enquêteurs avaient recueilli des témoignages « profondément préoccupants » faisant état de violences sexuelles liées au conflit, y compris d’esclavage sexuel, de recrutement forcé d’enfants, d’homicides illégaux, d’arrestations arbitraires ainsi que d’attaques contre des écoles et des structures de santé.
Créée par le Conseil des droits de l’homme pour enquêter sur les violations présumées du droit international des droits de l’homme et du droit international humanitaire dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, la commission a déjà mené plus de cinquante consultations en ligne et plus de trente réunions en présentiel avec des victimes, des organisations de la société civile, des responsables gouvernementaux, des agences onusiennes et des partenaires diplomatiques.
Lors de sa première mission en RDC, effectuée plus tôt ce mois-ci, les commissaires se sont rendus à Kinshasa, où ils ont rencontré notamment des victimes, des organisations d’assistance aux survivants, des défenseurs des droits humains et trente-cinq organisations de la société civile.
En revanche, les conditions sécuritaires et sanitaires n’ont pas permis aux enquêteurs de se rendre à Goma. La commission affirme toutefois son intention de visiter les zones affectées du Nord-Kivu et du Sud-Kivu dès que les conditions le permettront.
Les investigations étant encore à un stade préliminaire, la commission précise qu’elle n’est pas en mesure de tirer des conclusions sur la nature ou l’ampleur des violations alléguées.
« La commission ne préjuge ni des faits ni des responsabilités », a souligné la commissaire Maxine Marcus, estimant que la redevabilité commence par l’écoute des victimes et des survivants ainsi que par la préservation de leur dignité et des preuves.
Les témoignages recueillis évoquent également des entraves à l’accès humanitaire, des mauvais traitements dans des lieux de détention échappant aux garanties de l’État de droit, ainsi que des menaces et actes d’intimidation visant des défenseurs des droits humains, des journalistes et d’autres personnes documentant les violations.
« Aucune victime, aucun témoin, défenseur des droits humains, journaliste ou représentant communautaire ne devrait faire l’objet d’intimidations ou de représailles pour avoir coopéré avec les mécanismes des Nations unies », a déclaré le commissaire Clément Voule.
Selon la commission, cette crise multidimensionnelle affecte gravement la sécurité, la santé, la gouvernance, le commerce et l’éducation. Elle est aggravée par la poursuite des hostilités, les déplacements de populations, les maladies et les risques liés à l’épidémie d’Ebola.
L’instance onusienne a appelé toutes les parties au conflit à garantir un accès humanitaire sûr, rapide et sans entrave aux populations affectées, notamment aux femmes, aux enfants, aux personnes âgées, aux personnes handicapées et aux autres groupes vulnérables. Elle a également insisté sur la nécessité de permettre aux travailleurs humanitaires, au personnel médical et aux acteurs de la protection d’accéder en toute sécurité aux victimes, y compris dans le cadre de la riposte contre Ebola.
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