À l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement célébrée, ce vendredi 5 juin 2026 à Abidjan, le ministre ivoirien de l’Environnement et de la Transition écologique, Abou Bamba, a annoncé une transition radicale pour la flotte de son département, en optant pour des véhicules électriques.
Le ministre ivoirien de l’Environnement et de la Transition écologique, Abou Bamba a joint le geste à la parole en remettant officiellement les clés de quatre premiers véhicules électriques à des responsables de ses services. Désormais, le ministère se dotera exclusivement de véhicules électriques ou hybrides.
Pour légitimer ce virage technologique, le ministre a dévoilé des comparatifs financiers percutants sur les trajets nationaux majeurs : Abidjan-Korhogo 38 000 F CFA en électrique contre 100 000 F CFA en thermique (62 % d’économie).
Les économies générées sur les grands axes routiers nationaux parlent d’elles-mêmes. Pour relier la capitale économique à Bouaké (centre), le coût de recharge d’un moteur électrique s’élève à seulement 23 000 F CFA, contre 62 000 F CFA en carburant traditionnel.
Cette tendance se confirme sur le trajet Abidjan-Yamoussoukro avec une dépense de 15 000 F CFA en électrique face aux 50 000 F CFA de thermique. En outre, pour rallier San Pedro, la facture chute à 22 000 F CFA en véhicule électrique contre 45 000 F CFA pour un modèle essence ou diesel.
Cette initiative vise à réduire les lourdes dotations budgétaires en carburant tout en montrant l’exemple pour le renouvellement d’un parc automobile national vieillissant. En Côte d’Ivoire, l’âge moyen des véhicules oscille entre 16 et 25 ans, et plus de 70 % des « Wôrô-wôrô » (taxis communaux) roulent encore au diesel lourd.

Sous le thème national « Soyons la solution, pas la pollution ! » couplé au thème mondial « Air-Action pour le climat », le ministre a rappelé les chiffres alarmants d’une étude en Côte d’Ivoire, où la pollution de l’air contribue à plus de 12 000 décès par an, dus aux maladies respiratoires et cardiovasculaires.
Chaque année, la pollution atmosphérique cause plus de 7 millions de décès prématurés dans le monde selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). En Afrique, plus de 400 000 vies sont perdues à cause de l’air pollué.
Au-delà du drame humain, cette crise respiratoire ampute la productivité et le bien-être économique de l’Afrique subsaharienne à hauteur de plus de 4 % de son PIB global. À Abidjan, la surveillance est accrue autour des poussières industrielles émises par les cimenteries et le stockage de clinker.
Cette transition énergétique s’inscrit dans l’ambition nationale d’atteindre 42 % d’énergies renouvelables dans le mix énergétique ivoirien d’ici 2035, a renseigné le ministre Abou Bamba. Pour y parvenir, l’État bénéficie d’appuis de premier plan.
Expertise France et l’Union Européenne accompagnent l’Etat de Côte d’Ivoire à travers le Projet transition bas carbone, ils soutiennent activement la gouvernance climatique ivoirienne.
Pour Alexandre Foulon, directeur pays d’Expertise France, cette journée mondiale de l’environnement est aussi un message d’espoir. Elle « nous montre qu’il existe des solutions portées par les pouvoirs publics, les collectivités territoriales, les entreprises et les organisations de la société civile. »
Depuis 2023, et jusqu’à la fin de cette année, le projet contribue au renforcement de la gouvernance climatique nationale, à l’amélioration de la transparence climatique, au développement des compétences des acteurs publics et à l’intégration des enjeux climatiques dans les politiques sectorielles, a souligné Alexandre Foulon.

« Sur la gouvernance, nous sommes ainsi heureux et fiers d’avoir pu contribuer, avec les autres partenaires, à des étapes structurantes pour le pays : les travaux préparatoires à l’adoption de la loi relative à la lutte contre les changements climatiques en juin 2025 », a-t-il déclaré.
Le Projet transition bas carbone a notamment facilité les travaux de la loi d’action climatique adoptée en juin 2025, l’opérationnalisation de la Commission nationale de lutte contre les changements climatiques (CNLCC) et la mise à jour des engagements internationaux du pays (CDN 3.0).
Blerta Cela, la représentante résidente du PNUD en Côte d’Ivoire, a profité de l’événement pour lancer la phase opérationnelle du programme de microfinancement du Fonds pour l’environnement mondial. Elle a soutenu que « c’est un programme très innovant et inclusif ».
Ce programme, dira-t-elle, « repose sur une alliance entre le gouvernement ivoirien, les communautés, les ONG, le secteur privé et les partenaires techniques et financiers. Les bénéficiaires sont les communautés, les jeunes et les femmes ».
« Ce qui change, c’est notre approche. Nous voulons faire de ce programme un levier d’investissement en capital d’amorçage capable de transformer des initiatives locales en modèles durables et attractifs au plan financier. Il s’agit de créer de nouvelles opportunités pour les communautés », a-t-elle relevé.
Les analyses économiques disponibles indiquent qu’en Afrique subsaharienne, les pertes de bien-être liées à la mortalité prématurée associée à la pollution de l’air peuvent représenter environ 3,8% du PIB, tandis que les pertes directes de productivité peuvent atteindre environ 0,61% du PIB.
AP/Sf/APA





