Amnesty International a dénoncé les graves violations des droits humains dont seraient victimes des femmes et des enfants angolais déplacés en Namibie sous l’effet de la sécheresse, notamment en raison des difficultés d’accès à l’enregistrement, aux documents d’identité et à une protection juridique effective.
Dans un rapport publié mercredi, l’ONG de défense des droits humains, Amnesty International, estime que l’absence de voies de migration sûres et régulières expose des milliers d’Angolais à des risques d’arrestation, de détention et d’expulsion, notamment en Namibie.
Amnesty International souligne que la crainte des contrôles migratoires pèse jusque sur les décisions quotidiennes des personnes déplacées, en particulier leur recours aux services de santé.
Intitulé « Plus la sécheresse s’accentue, plus le chemin est long et plus il faut creuser », le rapport met en lumière les conséquences humanitaires et sociales de la sécheresse récurrente qui frappe le sud de l’Angola, particulièrement les provinces de Cunene, Huíla et Namibe.
La dégradation des conditions climatiques y a fragilisé les systèmes pastoraux traditionnels et contraint de nombreuses familles à se déplacer vers le nord de la Namibie à la recherche de nourriture, d’eau et de moyens de subsistance.
Les femmes et les enfants figurent parmi les plus vulnérables. Beaucoup entreprennent des déplacements difficiles à travers des points de passage frontaliers informels, souvent sans documents d’identité, ce qui les expose davantage aux contrôles et aux expulsions.
« La protection des Angolais déjà marginalisés, contraints de se réfugier en Namibie pour trouver des moyens de subsistance, n’est pas seulement une question humanitaire. Il s’agit d’une crise des droits humains qui exige la solidarité internationale », a déclaré Tigere Chagutah, directrice régionale d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Est et australe.
Elle a notamment appelé les autorités namibiennes à garantir une protection juridique contre le refoulement et à adopter une politique migratoire davantage fondée sur les droits humains.
Entre mai 2024 et mai 2026, Amnesty International indique avoir interrogé 167 personnes, parmi lesquelles des Angolais déplacés, des responsables communautaires, des fonctionnaires et des représentants des Nations unies.
L’enquête relève également d’importantes difficultés d’accès aux soins. Selon Amnesty, les migrants dépourvus de documents se voient parfois appliquer des frais d’hospitalisation supérieurs à ceux des citoyens namibiens, une situation qui pousse certains à retarder leur prise en charge jusqu’à l’aggravation de leur état.
Les conditions de vie constituent un autre sujet de préoccupation. Plusieurs familles déplacées vivent dans des logements surpeuplés et insalubres, tandis que d’autres occupent des abris de fortune, avec un accès limité aux services essentiels.
Des expulsions sans examen individuel
Le rapport fait également état de cas d’expulsions collectives susceptibles de contrevenir aux obligations internationales de la Namibie.
En juin 2025, Amnesty International affirme avoir documenté l’arrestation, à Opuwo, d’une quarantaine de ressortissants angolais, dont des femmes et des enfants. Ils auraient ensuite été conduits jusqu’à la frontière de Ruacana sans examen individuel de leur situation ni informations suffisantes sur leur éventuel droit de demander l’asile.
Pour l’organisation, ces pratiques soulèvent de sérieuses préoccupations au regard du droit international, qui interdit les expulsions collectives et impose aux Etats de protéger les personnes contre le refoulement vers des territoires où elles pourraient être exposées à de graves violations de leurs droits.
Amnesty relève par ailleurs que le dispositif migratoire namibien ne prévoit actuellement pas de mécanisme spécifique permettant aux personnes déplacées en raison du changement climatique d’obtenir un statut leur assurant une protection durable.
Les ressortissants angolais titulaires d’un passeport peuvent entrer en Namibie sans visa pour des séjours limités, mais cette facilité ne leur garantit ni un droit au travail ni un droit de séjour de longue durée. Or, une partie des populations affectées par la sécheresse ne dispose même pas de passeport, ce qui complique davantage toute tentative de régularisation.
Appel à une réponse régionale
Face à cette situation, Amnesty International appelle la Namibie à garantir aux déplacés angolais l’accès à l’enregistrement et aux documents d’identité, ainsi qu’à procéder à une évaluation individuelle avant toute mesure d’éloignement.
L’organisation demande également à Windhoek de renforcer l’accès des populations concernées aux soins de santé et aux services essentiels, indépendamment de leur statut migratoire.
Amnesty exhorte parallèlement l’Angola à intensifier ses politiques d’adaptation au changement climatique et de préparation aux épisodes de sécheresse. La faiblesse des infrastructures et l’insuffisance des financements, estime l’organisation, ont considérablement réduit la capacité des communautés des provinces méridionales à faire face à la dégradation des conditions climatiques.
Pour Amnesty International, la situation à la frontière angolo-namibienne illustre ainsi les conséquences croissantes du changement climatique sur les migrations et la nécessité, pour les Etats de la région, de mettre en place des mécanismes de protection adaptés aux déplacements liés aux catastrophes environnementales.
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