En Tunisie, Kaïs Saïed renforce une vision sacralisée de la révolution, présentée comme un capital politique intangible et exclusivement interprété par le pouvoir en place.
À l’occasion du quinzième anniversaire du soulèvement de 2011, le président tunisien Kaïs Saïed a une nouvelle fois mobilisé le registre révolutionnaire pour légitimer son action politique, affirmant que « le peuple a donné une leçon à tous » à travers une mobilisation présentée comme un message sans équivoque. Une lecture univoque d’un moment symbolique, dans un contexte marqué par une forte fragmentation politique et sociale.
S’exprimant lors d’une rencontre avec la cheffe du gouvernement, Sara Zaafrani Zenzri, le chef de l’État a durci son discours à l’encontre de ses détracteurs, accusés de confusion, de manipulation et d’agir en dehors de toute légitimité. La dénonciation des réseaux sociaux et de supposés « documents fabriqués » s’inscrit dans une rhétorique désormais récurrente, où toute critique est renvoyée à l’illégitimité morale ou à la trahison politique.
En érigeant la commémoration en événement fondateur appelé à être inscrit « en lettres d’or » dans l’histoire nationale, Kaïs Saïed renforce une vision sacralisée de la révolution, présentée comme un capital politique intangible et exclusivement interprété par le pouvoir en place. Cette appropriation mémorielle tend à évacuer la pluralité des lectures du processus révolutionnaire, ainsi que les attentes sociales et économiques toujours insatisfaites.
La référence insistante à la souveraineté nationale et à la reddition des comptes s’inscrit dans la continuité d’un discours justifiant la concentration du pouvoir au nom d’un peuple présenté comme homogène. Si la lutte contre l’impunité demeure une revendication centrale depuis 2011, son invocation répétée sans avancées institutionnelles lisibles interroge sur son usage davantage symbolique que structurel.
En définitive, ce discours illustre la centralité de la révolution dans le récit présidentiel, non plus comme horizon démocratique à construire, mais comme instrument de légitimation d’une rupture politique durable, où la contestation est assimilée à une remise en cause de la volonté populaire elle-même.
MK/AK/Sf/APA







