Le président de la République Abdelmadjid Tebboune a reçu, lundi 22 décembre , le secrétaire général du Haut-commissariat à l’amazighité (HCA), Si El Hachemi Assad, lors d’une audience présentée comme une réaffirmation de la volonté politique de l’État de consacrer tamazight comme composante centrale de l’identité nationale. Une rencontre à forte portée symbolique, mais qui relance également le débat sur l’écart persistant entre les proclamations officielles et leur mise en œuvre effective.
Selon les déclarations de M. Assad à l’issue de l’entretien, le chef de l’État a réitéré son attachement à la promotion de la langue amazighe dans toutes ses variantes, conformément aux dispositions constitutionnelles. Le secrétaire général du HCA a salué des orientations présidentielles jugées « claires » et « constantes », estimant que tamazight constitue un pilier indissociable de l’unité nationale et un levier de cohésion sociale. Un discours désormais bien rodé, régulièrement repris depuis son inscription comme langue nationale et officielle.
Toutefois, près de cinq ans après la Constitution de 2020 et trente ans après la création du HCA, célébrée cette année, la reconnaissance institutionnelle continue de se heurter à des limites structurelles. Généralisation incomplète de l’enseignement, visibilité inégale dans l’administration, production culturelle et médiatique encore marginale : autant de chantiers qui peinent à dépasser le stade des intentions, malgré les engagements répétés au plus haut sommet de l’État.
L’audience présidentielle intervient au lendemain d’une journée d’étude coorganisée par le HCA et le ministère de la Communication, consacrée au rôle de l’amazighité dans la cohésion nationale. La signature d’un accord-cadre visant à renforcer la présence de tamazight dans les médias publics a été présentée comme une avancée stratégique. Là encore, les observateurs relèvent que des initiatives similaires ont déjà été annoncées par le passé, sans toujours produire les effets structurels attendus.
Les déclarations officielles insistent sur le caractère « irréversible » du choix en faveur de tamazight et sur son rôle fédérateur face aux défis culturels et symboliques. Mais ce volontarisme affiché contraste avec une réalité marquée par la lenteur des réformes et par une approche encore largement centralisée, souvent critiquée par les acteurs culturels et associatifs amazighs.
En réaffirmant que l’amazighité est une composante « nationale et officielle », le pouvoir algérien cherche à verrouiller le débat sur le plan politique. Reste que, sans politiques publiques mesurables, financements pérennes et mécanismes de suivi transparents, la promotion de tamazight risque de demeurer un symbole mobilisé à des fins de discours, davantage qu’un véritable projet de transformation linguistique et culturelle à la hauteur des attentes exprimées depuis des décennies.





