Le colloque international à Bejaïa est un événement académique présenté comme scientifique mais fortement inscrit dans l’agenda mémoriel du pouvoir algérien.
La wilaya de Béjaïa a officiellement lancé les préparatifs d’un colloque international consacré à la « culture de la résistance », sous l’égide directe de la Présidence algérienne et avec l’implication d’institutions étatiques clés. Derrière cette initiative, organisée à l’occasion du 70e anniversaire du congrès de la Soummam, se dessine une volonté de réactiver les référents historiques de la guerre d’indépendance dans un contexte politique et régional en recomposition.
L’installation de la commission d’organisation, présidée par le wali Kamel Eddine Karbouche, s’inscrit dans un dispositif institutionnel particulièrement dense, mobilisant le Haut-commissariat à l’amazighité, le ministère des Moudjahidine, ainsi que les instances nationales dédiées à l’histoire et aux archives. Une architecture qui traduit moins une simple ambition académique qu’un encadrement étroit du récit historique, dans un pays où la mémoire demeure un levier central de légitimation politique.
Les déclarations de Si El Hachemi Assad, secrétaire général du HCA et président du colloque, illustrent cette orientation. L’appel à « revisiter le legs du congrès de la Soummam » et à interroger les liens entre histoire, mémoire et imaginaire, dépasse le cadre scientifique classique pour s’inscrire dans une démarche de consolidation du récit national officiel. En filigrane, l’objectif consiste à maintenir la centralité de la guerre de libération comme socle identitaire, au moment où les défis économiques et sociaux pèsent sur la stabilité interne.
Ce recours récurrent à la mémoire historique interroge d’autant plus que l’Algérie fait face à des enjeux contemporains majeurs, notamment en matière de diversification économique et d’attractivité. L’investissement institutionnel dans ce type d’événements contraste avec l’absence de résultats tangibles sur certains chantiers économiques structurants, pourtant cruciaux pour l’avenir du pays et son positionnement régional en Afrique.
L’ambition affichée de faire de Béjaïa un pôle de rayonnement scientifique international reste, elle aussi, sujette à interrogation. Si la dimension symbolique du lieu est indéniable, la portée réelle de ce type de colloque dépendra de son ouverture effective au débat contradictoire et à la production scientifique indépendante, éléments encore limités dans le paysage académique algérien.
Au final, ce colloque apparaît moins comme une rupture que comme la prolongation d’une stratégie bien établie : mobiliser l’histoire et la mémoire pour consolider le récit national, tout en cherchant à projeter une image d’influence culturelle. Une démarche qui, si elle renforce la cohésion symbolique, peine encore à s’articuler avec les transformations économiques et géopolitiques attendues à l’échelle africaine.
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