Une déclaration du ministère tunisien de la Défense dénonçant des tentatives de remise en cause de la neutralité de l’institution militaire a suscité de nombreuses interrogations dans un climat politique déjà tendu.
Un rare communiqué du ministère tunisien de la Défense sur la neutralité de ce département a provoqué de vives réactions en Tunisie après sa publication le 21 mai, dans un contexte marqué par des tensions politiques et une dégradation de la situation économique. Selon Le Monde, cette prise de parole inhabituelle de l’institution militaire a rapidement alimenté les spéculations au sein de l’opinion publique tunisienne.
Dans ce texte aux formulations jugées ambiguës, le ministère affirme rejeter « les tentatives répétées d’entraîner l’institution militaire et ses cadres dans des polémiques et des surenchères visant à remettre en cause sa neutralité et son indépendance ». Les autorités militaires ont également insisté sur le fait que l’armée demeure « au service de l’intérêt supérieur de la nation ».
Aucun acteur politique ou institutionnel n’est toutefois explicitement visé dans le communiqué, et aucun événement précis n’y est mentionné, laissant place à de multiples interprétations sur les motivations de cette déclaration. D’après Le Monde, le caractère inhabituellement vague du texte a renforcé les interrogations autour de possibles tensions internes ou de pressions politiques exercées sur certaines institutions de l’État.
Cette sortie intervient alors que la Tunisie traverse une période de crispation politique persistante depuis la concentration des pouvoirs opérée par le président Kaïs Saïed en 2021. Les autorités font également face à une dégradation économique prolongée, marquée par des tensions budgétaires, la hausse du chômage, des difficultés d’approvisionnement et l’attente d’un soutien financier international.
La veille de la publication du communiqué, Kaïs Saïed avait exprimé publiquement son mécontentement face aux lenteurs administratives et à l’incapacité des institutions à répondre aux difficultés économiques. « On a multiplié les avertissements et les mises en garde, mais la coupe est pleine », avait déclaré le président lors d’une visite à la Kasbah, siège du gouvernement tunisien.
Ces propos ont suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, où les critiques se sont dirigées non seulement vers l’administration, mais également vers le chef de l’État lui-même. Dans ce climat de défiance, le communiqué du ministère de la Défense a ravivé l’attention portée au rôle des institutions sécuritaires et militaires dans l’équilibre politique tunisien.
AK/te/Sf/APA







