La Haute autorité de la communication (HAC) a ordonné, le 19 mai 2026, le retrait de la télévision Al Arabiya des bouquets des distributeurs autorisés au Mali.
Une décision de la HAC malienne de suspendre de la chaîne Al Arabiya des bouquets a été rendue publique à la suite de la diffusion d’un reportage consacré au repli des Forces armées maliennes et de leurs alliés russes du camp d’Amachach, dans la région de Kidal, un sujet jugé sensible par les autorités maliennes dans un contexte sécuritaire particulièrement tendu.
La décision n°2026-0058/P-HAC, signée à Bamako par le président de la Haute autorité de la communication, Gaoussou Coulibaly, vise les services de la télévision saoudienne Al Arabiya, dont le reportage a également été relayé par sa chaîne sœur Al Hadath, basée à Dubaï. Selon l’organe de régulation, le contenu incriminé a été diffusé le vendredi 8 mai 2026 et portait sur le camp d’Amachach, présenté par le reporter comme un site stratégique passé sous le contrôle du Front de libération de l’Azawad et du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, sans combat.
La HAC reproche notamment au journaliste d’avoir affirmé qu’un accord aurait été conclu entre les Forces armées maliennes, leurs alliés russes et des groupes armés terroristes, sans citer de source officielle malienne ni présenter la réaction des autorités compétentes. L’autorité de régulation estime qu’une telle affirmation, non accompagnée de preuves, contrevient aux exigences de recherche de la vérité, d’honnêteté intellectuelle et de recoupement des informations prévues par le code de déontologie du journaliste malien.
Dans son argumentaire, la HAC relève également l’absence de point de vue contradictoire dans le reportage. Elle considère que le fait de filmer depuis un camp d’une armée régulière et de le présenter comme « conquis », tout en mettant en avant l’absence de résistance armée, peut contribuer à installer dans l’opinion l’image d’une domination stratégique des groupes armés présents sur les lieux. L’institution y voit des éléments susceptibles de porter atteinte à l’honneur et à la considération des Forces armées maliennes.
Un autre grief concerne l’exposition de prisonniers de guerre aux médias et sur les réseaux sociaux. La décision rappelle que le fait de filmer des personnes captives en gros plan, de les interroger ou de les montrer dans une situation humiliante ou de détresse, sans dissimuler leur visage, peut porter atteinte à leur dignité. Ce point renvoie à un débat sensible : celui du traitement médiatique des images de militaires détenus dans un contexte de conflit armé.
Avant la décision de la HAC, le gouvernement malien avait déjà vivement réagi à la diffusion de vidéos montrant des militaires maliens détenus à Kidal. Dans un communiqué publié le 16 mai 2026, Bamako avait dénoncé les informations diffusées par Al Arabiya, les jugeant mensongères et contraires à la souveraineté nationale. Le ministère des Affaires étrangères avait également notifié sa désapprobation aux autorités saoudiennes, après l’entrée au Mali du correspondant Ibrahim Moustapha, présenté comme journaliste d’Al Arabiya et d’Al Hadath.
La mesure prise par la HAC s’inscrit ainsi dans une double séquence, diplomatique et médiatique. Sur le plan diplomatique, les autorités maliennes ont protesté auprès du Royaume d’Arabie saoudite. Sur le plan médiatique, l’autorité de régulation a décidé de retirer Al Arabiya des bouquets de tous les distributeurs autorisés au Mali, à compter de la date de signature de la décision et jusqu’à nouvel ordre.
Cette affaire intervient dans un contexte déjà marqué par plusieurs sanctions visant des médias étrangers au Mali. En avril 2022, la HAC avait procédé au retrait définitif des autorisations d’établissement et d’exploitation de RFI et France 24, après des manquements relevés, selon elle, dans le traitement de l’information sur le Mali. Cette décision avait constitué un tournant dans les relations entre Bamako et certains médias internationaux.
D’autres chaînes ont ensuite été touchées. En janvier 2024, France 2 a été suspendue pour quatre mois, la HAC lui reprochant un reportage diffusé le 20 janvier sur la situation sécuritaire au Mali et la présence passée de Barkhane, qualifié par l’autorité de régulation d’apologie du terrorisme.
En août 2024, LCI avait également été suspendue pour deux mois après des propos jugés accusatoires contre l’armée malienne et ses alliés russes.
TV5 Monde a, elle aussi, connu plusieurs sanctions. Suspendue pour trois mois en septembre 2024, la chaîne francophone a de nouveau été retirée des bouquets autorisés en mai 2025, cette fois jusqu’à nouvel ordre. La HAC lui reprochait un traitement jugé partial et déséquilibré d’une manifestation de partis politiques organisée le 3 mai 2025 à Bamako. En novembre 2025, les chaînes TF1 et LCI ont été retirées des bouquets après la diffusion de contenus sur la crise du carburant et la situation sécuritaire, que la HAC a qualifiés d’informations non vérifiées.
Le cas de Joliba TV News rappelle que les sanctions ne concernent pas seulement les médias étrangers. La chaîne privée malienne avait vu son signal coupé en novembre 2024 après une émission au cours de laquelle avait été mise en doute la version officielle burkinabè sur une tentative de coup d’État. La sanction, d’abord perçue comme une fermeture, avait finalement été ramenée à six mois de suspension, avant une reprise progressive des programmes en 2025.
À travers ces décisions successives, la HAC met en avant la défense de l’ordre public, de l’unité nationale, de l’intégrité territoriale, de la dignité humaine ainsi que des impératifs liés à la défense et à la sécurité nationales. Ces motifs occupent une place centrale dans la décision visant Al Arabiya, qui évoque également l’interdiction d’utiliser les moyens de communication audiovisuelle pour inciter à la haine, à la violence, porter atteinte à l’intégrité du territoire ou mettre en péril la concorde nationale.
La décision s’inscrit dans le cadre des prérogatives de la HAC en matière de régulation des services audiovisuels diffusés au Mali. Les distributeurs autorisés devront retirer Al Arabiya de leurs bouquets jusqu’à nouvel ordre.
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