Le ministère libyen de l’Intérieur a annoncé la poursuite des expulsions de migrants en situation irrégulière depuis l’aéroport international de Mitiga, une politique présentée comme un impératif sécuritaire mais qui continue de susciter de fortes interrogations humanitaires et institutionnelles.
Dans un communiqué publié cette semaine, le ministère libyen de l’Intérieur a confirmé l’expulsion d’un groupe de ressortissants bangladais dans le cadre de son programme national de rapatriement des étrangers en situation irrégulière. Selon les autorités, l’opération a été menée via l’aéroport international de Mitiga, après l’achèvement des procédures légales requises et en coordination avec les parties concernées, sans davantage de précisions sur les modalités concrètes de cette coopération.
Le ministère affirme que ces expulsions s’inscrivent dans une stratégie visant à endiguer les flux migratoires transitant par le territoire libyen, à renforcer le contrôle des frontières et à soutenir la sécurité et la stabilité intérieures. Cette politique est présentée comme une réponse à la pression migratoire persistante qui fait de la Libye l’un des principaux corridors vers l’Europe, en particulier à travers la Méditerranée centrale. Les autorités soulignent qu’elle repose sur une approche combinant application de la loi, réglementation de la présence étrangère et coopération avec les pays d’origine.
Dans les faits, cette communication officielle masque mal la complexité du dossier migratoire libyen. Pays de transit plus que de destination, la Libye demeure dépourvue d’un cadre migratoire pleinement opérationnel, dans un contexte marqué par la fragmentation institutionnelle et sécuritaire. Les opérations d’expulsion, régulièrement mises en avant par le ministère de l’Intérieur, apparaissent ainsi comme des réponses ponctuelles à un phénomène structurel, sans que soient clairement exposées les garanties offertes aux personnes concernées, notamment en matière de droits fondamentaux et de protection internationale.
Sur le plan sécuritaire, les autorités libyennes insistent sur le lien entre migration irrégulière, criminalité transfrontalière et instabilité intérieure. Toutefois, l’absence de données détaillées sur le nombre total de migrants expulsés, les conditions de détention préalables ou les accords effectifs avec les pays d’origine, alimente les critiques des organisations de défense des droits humains, qui dénoncent un manque de transparence et des pratiques parfois contraires aux standards internationaux.
Au-delà de la dimension nationale, la poursuite des expulsions via Mitiga s’inscrit dans un contexte régional et international tendu, où la Libye joue un rôle clé dans la gestion des flux migratoires vers l’Europe. Cette position renforce la pression exercée sur les autorités libyennes pour « contenir » les départs, souvent au prix d’une approche essentiellement sécuritaire.
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