Le Rwanda a averti qu’il pourrait retirer ses forces de la province mozambicaine de Cabo Delgado si ses partenaires internationaux ne lui fournissent pas un financement « adéquat et prévisible », et ne reconnaissent pas son rôle dans la stabilisation de la région.
La porte-parole du gouvernement rwandais, Yolande Makolo, a déclaré que le maintien de la présence militaire des Forces de défense rwandaises (FDR) dépendait d’un financement fiable, soulignant que Kigali avait supporté des coûts bien supérieurs aux 20 millions d’euros fournis par l’Union européenne. « Si le commandement des RDF estime que le travail accompli par les forces de sécurité rwandaises à Cabo Delgado n’est pas reconnu à sa juste valeur, il serait fondé à exhorter le gouvernement à mettre fin à cet accord bilatéral de lutte contre le terrorisme et à se retirer », a écrit Makolo sur X.
Le ministre des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a ajouté que le Rwanda avait « investi massivement et perdu des soldats » pour sécuriser Palma et Moçimboa da Praia, districts clés proches du site GNL, et qu’il ne tolérerait pas d’être « vilipendé ou sanctionné » par les pays bénéficiant de son intervention.
« Nous n’avons pas dépensé des centaines de millions de dollars et nos soldats des RDF n’ont pas fait le sacrifice ultime pour stabiliser cette région… pour ensuite voir nos vaillants soldats constamment remis en question, diffamés, critiqués, blâmés ou sanctionnés par les mêmes pays qui profitent grandement de notre intervention au Mozambique », a également écrit le ministre sur X.
« En effet, nous sommes prêts à quitter le Mozambique si notre travail et nos résultats ne sont pas reconnus. » Ces déclarations font suite aux sanctions américaines imposées en début de mois aux forces armées rwandaises et à de hauts responsables, en raison d’un soutien présumé au groupe rebelle M23 dans l’est de la République démocratique du Congo – accusations que le Rwanda réfute.
Ces avertissements de Kigali interviennent également alors que le soutien de l’UE, via la Facilité européenne pour la paix, arrive à échéance en mai.
Le président mozambicain, Daniel Chapo, s’est rendu en Belgique cette semaine où il a obtenu 20 millions d’euros supplémentaires de l’UE. Une partie de cette somme devrait être allouée à la lutte contre les insurgés à Cabo Delgado et le reste à l’aide humanitaire aux victimes des inondations dans d’autres provinces.
Le retrait du Rwanda risquerait de compromettre la stabilité fragile de Cabo Delgado, où des opérations conjointes avec les forces mozambicaines ont permis aux familles déplacées de rentrer chez elles et aux entreprises de rouvrir.
En janvier, TotalEnergies et le gouvernement mozambicain ont convenu de relancer la construction du projet de GNL, un projet de plusieurs milliards de dollars, décision rendue possible par l’amélioration de la sécurité.
Ces progrès sont désormais compromis, le Rwanda ayant indiqué qu’il ne poursuivrait pas sa mission sans un soutien international renforcé.
Les troupes rwandaises ont été déployées pour la première fois dans le nord du Mozambique en 2021, dans le cadre d’un accord de défense bilatéral, après que des insurgés islamistes liés à al-Shabaab ont perturbé la vie quotidienne à Cabo Delgado et contraint le géant énergétique français TotalEnergies à suspendre la construction de son usine de gaz naturel liquéfié (GNL).
L’insurrection, qui a débuté en 2017, a déplacé des milliers de personnes et interrompu l’un des plus importants investissements énergétiques d’Afrique.
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