Plusieurs gouverneurs de banques centrales africaines ont relevé le retard préoccupant du continent face à la montée des cybermenaces et à l’essor des innovations financières numériques.
Le constat d’un retard des banques africaines face aux cybermenaces, dressé vendredi à Dakar, est sans détour : les régulateurs africains peinent à suivre le rythme des crypto-actifs et des nouvelles technologies financières. Plusieurs responsables monétaires ont appelé à un renforcement urgent des capacités de supervision et de cybersécurité.
S’exprimant à l’occasion de la 3e édition de la conférence internationale de la BCEAO, ouverte ce vendredi à Dakar sous le thème : « Crypto-actifs et innovations numériques : opportunités et défis pour la stabilité monétaire et financière », les responsables monétaires ont multiplié les mises en garde contre les risques liés à la finance numérique, tout en reconnaissant que leurs institutions avaient, pour beaucoup, pris du retard face à ces transformations technologiques.
Le témoignage le plus marquant est venu du gouverneur de la Banque centrale du Mozambique, Dr Rogério Lucas Zandamela, qui a admis que les autorités monétaires africaines étaient arrivées « très tard dans le jeu » de la régulation des crypto-actifs.
« Nous devons tout apprendre », a-t-il déclaré, expliquant que son institution ne disposait initialement ni des compétences techniques ni des ressources suffisantes pour superviser efficacement les nouveaux actifs numériques.
Le responsable mozambicain a révélé qu’il y a deux ans, sa banque centrale avait subi une cyberattaque majeure sans même être capable de détecter qu’elle était en cours.
« Nous n’avions même pas la capacité de savoir que nous étions attaqués », a-t-il reconnu, précisant que l’alerte avait finalement été donnée par Interpol.
Selon lui, cette expérience illustre l’ampleur des vulnérabilités auxquelles les institutions financières africaines sont désormais confrontées face à la montée des cybermenaces et des technologies financières émergentes.
Le gouverneur de la Banque centrale de Maurice a, lui aussi, insisté sur le fait que « les cybermenaces ne sont plus des questions périphériques », estimant que les banques centrales devaient désormais intégrer pleinement la cybersécurité dans leurs stratégies de supervision financière.
À São Tomé-et-Príncipe, le gouverneur Agostinho Quaresma dos Santos Afonso Fernandes a souligné que les crypto-actifs n’étaient pas encore largement implantés dans son pays, ce qui représentait selon lui « une chance », permettant aux autorités d’apprendre des expériences étrangères avant une adoption plus large.
Les responsables ont également insisté sur la nécessité d’une coopération internationale accrue entre banques centrales, organismes de lutte contre la cybercriminalité et acteurs privés spécialisés dans la cybersécurité.
Le gouverneur de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), Yvon Sana Bangui, a rappelé que les innovations financières ne pouvaient remplacer « la confiance institutionnelle », qu’il a qualifiée de fondement du système financier.
Selon lui, l’absence de régulation adéquate expose les populations à des produits financiers risqués et à des systèmes frauduleux susceptibles de fragiliser la stabilité financière.
ARD/te/Sf/APA







