La Somalie s’enfonce à nouveau dans une crise politique et constitutionnelle opposant le pouvoir fédéral aux autorités de ses États régionaux, dans un climat de défiance croissante.
Le dernier affrontement en date en Somalie met aux prises le gouvernement de Mogadiscio et l’administration du Sud-Ouest, dirigée par Abdiaziz Laftagareen Mohamed, récemment reconduit à la tête de la région. Le pouvoir central refuse de reconnaître cette réélection et a déployé des troupes dans l’objectif de le destituer, faisant planer la menace d’un affrontement armé.
Face à l’escalade, le président de la Commission de l’Union africaine (UA), Mahmoud Ali Youssouf, a exprimé son inquiétude quant au risque de confrontation entre forces fédérales et régionales. Il a appelé à recourir au Conseil consultatif national comme cadre de dialogue inclusif, exhortant les acteurs somaliens à privilégier une résolution pacifique. Pour l’heure, cet appel reste sans effet : les autorités du Sud-Ouest maintiennent leur position tandis que les forces fédérales se dirigent vers Baidoa pour y réaffirmer l’autorité centrale.
Ces tensions s’inscrivent dans un contexte plus large de relations dégradées entre Mogadiscio et plusieurs régions. En 2024, le Puntland avait déjà dénoncé des tentatives de centralisation jugées contraires à ses prérogatives constitutionnelles. Des différends similaires avaient également opposé le gouvernement fédéral au Jubaland, notamment autour de processus électoraux contestés. Les États fédérés accusent régulièrement le pouvoir central d’empiéter sur leur autonomie.
En mars, le Parlement somalien a adopté à l’unanimité une nouvelle constitution destinée à remplacer la charte provisoire de 2012. Celle-ci prévoit notamment un mandat présidentiel porté à cinq ans, une élection du président par le Parlement, et l’introduction du suffrage universel direct pour les députés — une évolution majeure dans le système politique du pays.
Cependant, les désaccords persistants sur la répartition des compétences entre l’État fédéral et les régions continuent d’alimenter les tensions. L’absence de clarification constitutionnelle sur ces questions entretient un climat de méfiance et de contentieux récurrents, que la nouvelle loi fondamentale ne semble pas en mesure d’apaiser à court terme.
Alors que les autorités régionales accusent Mogadiscio de vouloir centraliser le pouvoir, le gouvernement fédéral redoute une fragmentation du pays. Le souvenir de la sécession du Somaliland en 1991 reste vivace. Bien que non reconnue internationalement, cette indépendance autoproclamée continue de peser sur les équilibres politiques somaliens.
Dans ce contexte, la volonté du pouvoir central de renforcer l’unité nationale se heurte aux aspirations autonomistes des régions. En 2024, le Puntland avait même envisagé une quasi-indépendance, illustrant la profondeur des tensions, bien que cette posture semble aujourd’hui s’être atténuée.
Des analyses récentes soulignent également les divergences autour des réformes électorales. Le projet d’introduction du suffrage universel direct suscite des réticences, notamment au Jubaland, où certains responsables y voient une tentative de recentralisation du pouvoir.
Au cœur de la crise actuelle, Abdiaziz Laftagareen Mohamed conteste la légitimité du gouvernement fédéral à intervenir dans les affaires du Sud-Ouest. Il rejette la nouvelle constitution, qu’il estime défavorable aux États fédérés, et défend le maintien de la charte de 2012. Sa rupture avec le parti présidentiel illustre l’ampleur des divisions. En réponse, Mogadiscio a déployé d’importants contingents militaires pour reprendre le contrôle de la région.
L’Union africaine appelle à la retenue, alors que la Somalie reste confrontée à la menace persistante du groupe jihadiste Al-Shabaab. Une escalade interne risquerait d’aggraver une situation sécuritaire déjà fragile.
Plus de trente ans après la chute du régime de Siad Barre, la Somalie demeure vulnérable, tiraillée par des rivalités politiques internes qui compromettent sa stabilité et ravivent le spectre d’un nouvel embrasement.
MG/lb/te/Sf/APA







