La famille de Patrice Lumumba affirme rester déterminée à poursuivre son combat pour la vérité et la justice, malgré la disparition d’un des derniers suspects encore associés à l’affaire de son assassinat en 1961, Etienne Davignon, décédé.
Le décès d’Etienne Davignon, survenu en début de semaine, pourrait toutefois fragiliser la procédure judiciaire en cours en Belgique autour de l’assassinat de Patrice Lumumba. Selon le droit belge, la mort de l’accusé entraîne en effet l’extinction des poursuites pénales, ce qui pourrait constituer un sérieux revers pour les démarches visant à élucider les circonstances de l’assassinat de Lumumba.
Davignon était considéré comme le dernier complice présumé encore en vie dans ce dossier historique. Sa disparition fait craindre, pour certains observateurs, l’effondrement du dernier espoir de voir aboutir un procès lié à l’un des assassinats politiques les plus marquants de l’histoire contemporaine africaine.
En réaction, la famille Lumumba a qualifié ce décès de regrettable, tout en réaffirmant sa volonté de poursuivre les recherches de vérité et les actions judiciaires afin de faire la lumière sur l’exécution de l’ancien Premier ministre congolais et d’obtenir des comptes des responsables.
Elle a également annoncé son intention d’engager une procédure civile contre l’État belge, dans le but de clarifier les responsabilités liées aux crimes commis durant la période coloniale en République démocratique du Congo. Plus de six décennies après les faits, Patrice Lumumba reste une figure majeure de l’indépendance congolaise, obtenue en 1960, quelques mois avant son assassinat dans un contexte de forte instabilité politique.
Les appels à la justice, formulés depuis des décennies au niveau national et international, ont conduit la Belgique à reconnaître un rôle indirect dans les événements ayant conduit à sa mort. En 2001, des enquêteurs avaient estimé que Davignon portait une responsabilité morale dans l’enchaînement des faits ayant conduit à l’assassinat de Lumumba aux mains de ses ravisseurs congolais.
Agé de 93 ans, Davignon devait initialement comparaître devant la justice belge pour son implication présumée. Il avait interjeté appel, mais est décédé avant toute décision judiciaire définitive.
Dans cette affaire, neuf autres personnes soupçonnées de complicité sont également décédées, rendant les poursuites caduques selon la procédure pénale belge. Les poursuites contre Davignon ne peuvent donc légalement se poursuivre après son décès le 18 mai 2026.
Des documents déclassifiés attribués à la CIA indiquent que Davignon, alors jeune diplomate belge en poste dans le Congo nouvellement indépendant, aurait contribué à la justification de la destitution de Lumumba de son poste de Premier ministre, ainsi qu’à son arrestation et à sa détention.
Les procureurs soutiennent qu’il aurait facilité le transfert de Lumumba et de deux de ses compagnons, Joseph Okito et Maurice Mpolo, vers la région sécessionniste du Katanga, en sachant qu’ils risquaient d’y être exécutés.
Ils estiment qu’il aurait agi avec une négligence consciente quant à leur sort. Les récits historiques évoquent ensuite des conditions particulièrement brutales entourant les exécutions, notamment la disparition du corps de Lumumba, dissous dans l’acide. Une dent, seule trace restante, aurait été conservée pendant des décennies avant d’être restituée à la RDC et inhumée en 2022 dans un mémorial à Kinshasa.
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