L’opposant tchadien Pahimi Padacké Albert alerte sur les risques d’un « verrouillage institutionnel » et réclame le respect du serment présidentiel et des droits fondamentaux.
Jeudi, à la veille du Congrès chargé d’examiner une révision constitutionnelle déjà adoptée par une large majorité, le président du RNDT-Le Réveil, Pahimi Padacké Albert, a lancé un appel solennel aux parlementaires tchadiens, dénonçant ce qu’il qualifie de dérive autoritariste et de violation de la souveraineté populaire.
Un vote décisif pour l’avenir du pays
Pour l’opposant, la séance du Congrès n’est qu’« une formalité institutionnelle », mais elle engage « un choix historique : sauver la République ou la piétiner ». Il a insisté sur la posture de son camp, une opposition « responsable mais inflexible sur les valeurs », prête à dire oui lorsque l’intérêt du pays l’exige, mais déterminée à dire non lorsque « la raison déserte l’hémicycle ».
Au cœur de son argumentaire, la compétence du Parlement : la Constitution tchadienne réserve les révisions profondes au peuple par référendum. En procédant par Congrès, les parlementaires agiraient comme des « usurpateurs déconstituants », privant le peuple de son droit souverain. « C’est une brutale confiscation de la souveraineté populaire », a-t-il martelé.
Une Constitution façonnée à l’image d’un parti
Le sénateur accuse le pouvoir d’aligner la Loi fondamentale sur le règlement intérieur du MPS, parti majoritaire. « Une honte nationale », estime-t-il, voyant dans cette manœuvre une instrumentalisation de la Constitution à des fins partisanes.
Autre point saillant : la question du serment présidentiel. En supprimant l’alinéa interdisant au Chef de l’État d’assumer des responsabilités partisanes, la révision ne corrigerait pas, selon lui, la violation constitutionnelle intervenue depuis janvier 2025.
« Le serment n’est pas révisable », a-t-il affirmé, invitant le Président à « annoncer sa démission de la présidence du MPS » pour rester fidèle à son engagement.
Une dérive autoritariste dénoncée
Derrière la révision, Pahimi Padacké voit un projet de « verrouillage institutionnel » visant à concentrer les pouvoirs et à mettre fin à la séparation des institutions. Il dénonce l’implication de la Cour suprême et du Conseil constitutionnel, qu’il estime être preuve de confusion des pouvoirs.
Il alerte également sur la déchéance de nationalité, qu’il juge « sans précédent » et contraire aux droits fondamentaux. Pour lui, les garde-fous de la Ve République – Président au-dessus des partis, mandat limité, contre-pouvoirs judiciaires et parlementaires – sont aujourd’hui menacés par un pouvoir « à la recherche de l’absolutisme ».
Un appel direct aux parlementaires
Dans un ton grave et personnel, l’orateur a exhorté ses collègues à défendre l’intérêt général. « Vous avez peur pour vous-mêmes; nous avons peur pour notre pays », a-t-il lancé, dénonçant ce qu’il décrit comme une « messe de requiem pour la République ».
Si le vote semble joué d’avance, le chef de l’opposition rappelle que le peuple tchadien « n’est pas convaincu » et qu’il finira par se réveiller. Il conclut en invitant les élus à « garder foi en la République ».
Avec cet appel patriotique, Pahimi Padacké Albert se pose en défenseur des institutions démocratiques. Reste à savoir si ses mises en garde trouveront un écho au sein d’un Parlement largement acquis à la majorité présidentielle.
CA/ac/Sf/APA






